Les Bêtes du sud sauvage : critique

Simon Riaux | 18 mai 2012 - MAJ : 26/02/2019 17:47
Simon Riaux | 18 mai 2012 - MAJ : 26/02/2019 17:47

Honoré du Grand Prix lors du dernier Festival de Sundance, Les Bêtes du sud sauvage avait logiquement retenu notre attention, jusqu'à ce que cette dernière soit aspirée par le tourbillon super-héroïque des mastodontes estivaux. Heureusement, quelques jours à peine avant sa présentation cannoise dans la sélection Un Certain Regard, le film se rappelait à notre bon souvenir via une bande-annonce puissante,  euphorisante et prometteuse, notre attente ne fit que grandir, et fut comblée au-delà de nos espérances.

L'exercice était pourtant des plus périlleux. Il fallait autant d'audace que de talent pour nous immerger dans le monde de Hushpuppy, téméraire môme élevée par un paternel caractériel, dans un bayou fantasmatique, dont l'indolence va être bouleversée par une soudaine montée des eaux, et l'arrivée imminente des Aurochs, créatures mythologiques et destructrices.

Pour ce faire, le réalisateur entame son récit par un fabuleux crescendo, qui nous plonge dans une Louisiane entre uchronie et utopie, où une petite communauté célèbre la nature au rythme d'un découpage faussement anarchique, et d'un montage tour à tour sensuel et fiévreux. Si les multiples arcs narratifs se télescopent et s'annulent parfois, chacun laisse dans le cœur du spectateur un limon émotionnel fécond, qui amplifie l'impact de chaque image. Ainsi, l'innocence de la courageuse Hushpuppy devient-elle celle de Benh Zeitlin, qui ignore purement et simplement les conventions du récit classique pour laisser son histoire évoluer en une mosaïque protéiforme, conte picaresque, gorgé d'un élan vital stupéfiant.

 

 

Pour autant, Les Bêtes du sud sauvage n'esquive pas tous les écueils inhérents à un premier film. Ainsi, chaque idée ne se révèle pas toujours percutante, et quelques séquences tranchent un peu trop avec les fulgurances qui émaillent l'aventure. De menus soucis que seule l'honnêteté intellectuelle pousse à mentionner, tant l'ensemble recèle de trouvailles, à commencer par sa toute jeune actrice, cœur palpitant d'un sud fantasmatique, dont le moindre froncement de sourcil provoque d'irrépressibles vagues d'émotions.

 

 

 

Il faut voir Quvenzhané Wallis lutter pour découper un crabe à main nue et s'en repaître comme si sa vie en dépendait pour ressentir un appel irrépressible et ancestral, et s'enivrer des embruns de la Grande Salée. Ce vertige d'une nature retrouvée, qui oscille entre Rousseauisme esthétique Malickienne est encore magnifiée par la bande originale, composée par le réalisateur lui-même, capable de déceler la grâce d'un paysage ravagé par le sel, ou la poésie d'un sol jonché d'emballages de burgers.

 

Pour autant, on aura tort d'envisager le premier film de Benh Zeitlin uniquement par le prisme de sa seule cinégénie, le long-métrage est également une œuvre profondément engagée, qui ne verse jamais dans le moralisme ou la propagande démonstrative. Sa leçon de vie panthéiste explose à l'écran, rappelle à l'homme qu'il est une créature parmi d'autres, qui a domestiqué jusqu'à sa propre condition, et devra retrouver sa bravoure d'enfant pour se défaire des masques et colifichets qui l'ont corrompu.

 

Résumé

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.

Lecteurs

(0.0)

Votre note ?

commentaires
Aucun commentaire.
votre commentaire