Critique : 38 témoins

Sandy Gillet | 13 mars 2012
Sandy Gillet | 13 mars 2012

Lucas Belvaux fait parti de ces cinéastes dits « engagés ». Entendre par là que ses films se veulent toujours signifiants et à l'écoute d'une société dont il se propose de révéler les travers via le prisme d'une caméra sans concession. On se souvient de Rapt, certainement son film le plus connu à date du grand public, qui reprenait à son compte un fait divers retentissant : l'enlèvement en 1978 du Baron Empain, riche héritier et homme d'affaires belge. Un peu comme si Belvaux voulait rappeler qu'il existe toujours des solutions, certes plus radicales que jouer au loto, pour s'en sortir en temps de crise économique. Avec 38 témoins on retrouve Yvan Attal encore une fois témoin et victime expiatoire d'un environnement qu'il ne comprend plus et d'une vie dont il tente vainement de reprendre le contrôle.

Et une nouvelle fois ce qui intéresse Belvaux ce sont les incidences et conséquences d'événements qui s'ils n'ont pas été provoqués n'en demeurent pas moins subis jusqu'à la rupture de tous les équilibres intimes et externes d'un individu et/ou d'une communauté qui n'en demandait pas tant. La cause ici est l'agonie gutturale et nocturne d'une femme agressée mortellement devant la porte de son immeuble entendue par tous ses habitants qui n'ont pas bougé une oreille pour ne serait-ce appeler les secours. Une tragédie extraordinaire de la vie urbaine ordinaire comme on peut en entendre tous les jours que Belvaux utilise ici non pour dénoncer ce que l'on sait depuis toujours (l'Homme est un loup pour l'Homme) mais pour mettre à mal l'idée que les choses s'améliorent ou que l'Histoire nous amène son lot de sagesse (on pense au hasard à la collaboration, au nazisme...). C'est en effet la partie la plus réussie du film qui tord le cou à ces « préjugés positifs » et qui permet au cinéaste belge de mener l'enquête superflue (via les traits de la journaliste d'investigation jouée par la toujours très juste Nicole Garcia) d'une impossible car inutile compréhension de cet acte de lâcheté collective.

On restera plus dubitatif devant le jeu d'Yvan Attal et de Sophie Quinton, sa compagne à l'écran. Leur complicité ne saute pas aux yeux et leur jeu s'en ressent. La palme revenant à Attal en homme meurtri puis irrémédiablement repentant qui a bien du mal à crédibiliser ses motivations et décisions. L'exemple du monologue expiatoire et nocturne asséné à sa femme endormie est à ce titre un condensé de tout cela à la fois. Sentant peut-être la chose lui échapper, Belvaux se détache d'eux dans le dernier tiers du film pour mieux se concentrer sur les ramifications sociétales de ce qu'il a engendré à l'écran. Le résultat est probant, troublant et surtout met mal à l'aise car sa réalisation nous implique totalement, nous prend à partie et nous met face à nos propres responsabilités. En d'autres termes qu'aurions-nous fait en pareille circonstance ? Il n'est pas certain que la réponse nous plaise vraiment.

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