Critique : Donoma

Par Laure Beaudonnet
11 décembre 2011
MAJ : 28 septembre 2018
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Si Donoma a défrayé la chronique ces dernières semaines, c'est pour son faible coût (150 euros). Un fait marquant, et une grande première dans l'histoire du septième art, qui se présente comme une promesse pour ces longs-métrages qui restent prisonniers du synopsis, faute de financements. Mais si Donoma mérite d'être vu, ce n'est pas parce qu'il n'a quasiment rien déboursé, mais parce que c'est un bel objet cinématographique. Une fois la prouesse de production oubliée, on se laisse rapidement séduire par l'ambiance – très urbaine – et l'énergie fougueuse, caractéristique des premières œuvres. Sous la forme d'un film choral, Donoma croise trois destins aux multiples ramifications. A la manière de Magnolia, chaque personnage est une nouvelle porte d'entrée vers une parcelle de vie. Une enseignante déjantée, aussi paumée que ses élèves, une jeune bourgeoise au service d'une sœur sur le seuil de la mort, une petite frappe qui joue les caïds et une photographe qui se soumet à l'amour dans le silence pour vaincre l'écueil de la parole mensongère.

Djinn Carrénard chorégraphie ces histoires croisées avec intelligence, résistant à la difficulté de l'exercice. Le film est long (2h30), les interprètent surfent avec la justesse, mais Donoma tire brillamment ses failles à son avantage. Flanqué d'une esthétique naturaliste, proche du documentaire, il mêle des cadres soignés, travaillés à coups d'effets visuels, à des plans bruts, créant une atmosphère intimiste et, parfois dérangeante. On s'insinue impudiquement dans la vie de ces personnages à la personnalité atypique, pour ne pas dire borderline. Car l'opus saisit à bras le corps des sujets difficiles : les bouffées délirantes, le cancer, l'automutilation, l'épiphanie. On voyage dans un espace urbain brutal où le langage est familier et la réalité sans concession. 

Rares sont les premiers films si affirmés. Un drame social dans la droite lignée du magnifique Qu'un seul tienne et les autres suivront pour l'empreinte qu'il laisse. Au-delà de la violence des sujets abordés, il parvient à préserver une certaine légèreté, ponctuant son film d'humour et de charmante absurdité. Donoma a une valeur salutaire et son soutien s'impose comme un engagement pour les (trop) nombreux films qui peinent à se monter. A bon entendeur.  

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