Critique : Americano

Par Sandy Gillet
30 novembre 2011
MAJ : 8 octobre 2018
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Première véritable incursion du petiot de Jacques Demy et d'Agnès Varda derrière la caméra (on lui doit en effet Plafond, un court-métrage qu'il réalisa en 2000), Americano soulève autant de hauts de cœur que de petits moments de vérité emplis de grâce et de simplicité. Cette dualité trouve ses origines d'abord dans une histoire assez banale pour ne pas dire inintéressante au possible mais recélant de temps à autre de vrais épisodes qui font sens, puis via une mise en scène souvent quelconque mais quelque fois méchamment habitée. Et de penser qu'il s'agit là comme d'un film catharsis où il est question de rendre hommage à un riche héritage de cinéma tout en voulant en faire table rase. La première victime de ce genre de positionnement dit du « cul entre deux chaises » est le spectateur balloté au gré des « inspirations » du fils Demy qui se perd d'ailleurs lui-même dans les dédales de Tijuana, la ville frontalière mexicaine limitrophe de San Diego.

Il aura fallu d'abord se rendre à Los Angeles pour prendre possession et rapatrier le corps d'une mère depuis longtemps abandonnée par les siens. Ce qui commence comme un voyage marqué du sceau de la corvée se transforme alors très vite en un devoir de mémoire propre à la reconstruction d'un homme qui à l'évidence s'était perdu dans les méandres d'une existence morne, sans but et sans goût. Le fils en question c'est bien entendu Matthieu Demy qui en endosse le rôle et qui en compose les strates psychologiques attendues. On est clairement ici dans ce cinéma français que l'on nommera ici pudiquement d'auteur et apprécié sur le zinc d'un café ardéchois de truc nombriliste et bien parisien. Que l'on voudrait pourtant endosser le mal être de cet homme déambulant d'abord sur les routes d'une ville bien trop écrasante pour lui à la recherche d'une amie d'enfance devenue avec le temps la petite protégée de sa mère. Que l'on voudrait s'abimer avec lui à l'Americano, un bar à putes mexicain où il finit par échouer. Que l'on aimerait croire en cette rencontre avec ce personnage joué par une improbable et toute en « free style » Salma Hayek qui tire pourtant fort admirablement son épingle du jeu et ce malgré des dialogues et des situations à l'emporte pièce.

Que l'on aimerait voir prolongeés ces formidables séquences d'un autre temps censées montrer en 16mm une enfance américaine entre une mère seule et une voisine de son âge avec qui l'on partage tout ou quasiment tout. Images intrigantes à la limite de l'onirisme naïf extraites de Documenteur, un film réalisé au début des années 80 par Agnès Varda… Americano c'est donc un peu cela. Un bordel nostalgique à tendance dépressive qui sait pourtant rebondir agréablement en usant du Road movie ici, de Salma Hayek là et des plages magnifiques d'Agnès ici ou là. On n'en conseillera la vision que dans quelques années. Quand Matthieu Demy aura décidé de faire un film autre qu'un puzzle déconstruit aux inspirations mal agencées Quand il s'agira d'étudier l'évolution de ce qui n'est pour l'instant qu'un cinéaste à maman et papa.  

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