Critique : La Conquête

Par Simon Riaux
18 mai 2011
MAJ : 25 février 2020
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À un an de la prochaine échéance présidentielle, quelques jours après l'inculpation de DSK pour tentative de viol, La Conquête prend d'assaut les écrans de cinéma français. Avant même de voir le film, son existence est en soit un événement dans notre paysage audiovisuel. En effet, le fait politique était jusque là cantonné aux docu-fictions de France Télévision ou à un cinéma totalement déconnecté du présent et de la réalité (Le Candidat, Président…), de quoi envier un cinéma anglo-saxon capable de recycler quasiment simultanément l'actualité locale.

Cette Conquête est donc une réussite indiscutable, en cela que le monde qu'il décrit est bien celui dans lequel nous vivons. Sondages, manipulations, trahisons, coups bas et mensonges polis sont le lot quotidien des personnages, tous motivés par un appât du gain démesuré et un appétit (sexuel, de puissance, de reconnaissance) quasi-illimité. Si la critique de la médiacratie n'est esquissée qu'à travers quelques séquences rapides, ces dernières sont très justes, notamment le jogging en bord de mer, particulièrement croustillant. Ici la politique n'a rien d'une vocation, d'un art de tribain auquel on voue son âme, ce n'est ni plus ni moins qu'un métier, un job grassement payé qui attire les convoitises de tous les personnages, à des degrés divers.

Un autre point fort du film est de revisiter des images connues de tous, pour les éclairer autrement que sous l'angle d'un journalisme à mi-chemin entre fascination et connivence. En évitant la relecture de figures trop marquées (point de karsher, ni de Casse-toi Pauv' con), le film en souligne une qu'on n'attendait pas, ou avec circonspection. Le portrait de Cécilia est peut-être le point fort de ce long-métrage. Il permet de faire de Sarkozy un personnage (donc de l'humaniser et de le rendre sympathique, déploreront les idéologues avinés), de lui conférer un corps, une chair, et surtout, une motivation. En présentant plusieurs de ses actes les plus marquants comme dépendants directement de sa relation avec sa future ex-épouse, le réalisateur fait de Sarkozy un homme de pulsion. Un point de vue sans doute moins agressif sur l'homme politique, mais qui n'en fait au final rien d'autre qu'un flux tendu d'émotions, incapable de se réfréner, et encore moins de se gouverner.

On regrettera cependant que le scénario se contente de suggérer la formation du gouvernement. Le réalisateur s'autorise à dire que les futurs ministres ne sont qu'un troupeau de communicants, incapables et serviles, mais il interrompt sa démonstration en chemin, omettant de dire qu'ils ne sont en réalité, qu'un casting conçu par et pour la télévision, tout juste assez compétents pour conserver les dents blanches. Bolloré, Lagardère, Dassault et autres ne seront que murmurés, quand leur poids dans la politique de l'actuel président fut décisif, et cette absence se fait sentir. On se demande également pourquoi le metteur en scène tape sur les journalistes plus que les patrons de presse, vrais lâches et graisseurs de pattes. Enfin, si la partie comique du film fonctionne à plein régime, il est agaçant de la voir finalement occulter le drame comme le thriller politique, ne nous faisant pas passer un mauvais moment, mais cantonnant souvent ce dernier à l'anecdotique.

La Conquête est une quasi-première en France, et parvient à traiter de la vie publique actuelle sans évangélisme. On pouvait légitimement ne pas y croire, mais Durringer l'a fait. On appréciera sa capacité à rappeler que derrière chaque grand homme (même ceux de petite taille, s'ils sont président), se cache une femme (toujours grande). Ou comment réaliser un film politique féministe, quant il est dédié au parcours d'un alpha-mâle triomphant.

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