L'Agence : Critique

Simon Riaux | 23 mars 2011
Simon Riaux | 23 mars 2011

Au premier coup d'oeil, L'Agence attire le regard. Un duo de stars aux choix éclectiques et régulièrement salués tant par la critique que le public, un matériau inspiré de Philip K. Dick... Voilà une recette soigneusement calibrée pour retenir l'attention du mâle en quête de science-fiction intelligente et d'une gent féminine sensible à une histoire d'amour rehaussée de gentils frissons. Ce qui aurait pu être un défi d'équilibriste excitant s'avère finalement un attrape-nigaud fourre-tout qui méprise autant le public qu'un genre traité par-dessus la jambe.

 

 

Il n'est pas ici question de rappeler combien l'oeuvre de Dick est brillante, simplement de préciser que sa force et son génie proviennent en grande partie de son second degré, d'un ton pince sans rire qui interdisait à l'auteur toute grandiloquence. C'est là la première faute de George Nolfi, qui emballe cette histoire avec un sérieux imperturbable qui prête plus à rire qu'autre chose. Nous voici donc embarqué avec Matt Damon, politicien prometteur qui préfère abandonner sa carrière pour une jeune femme rencontrée par hasard, ce que refuse catégoriquement de le laisser faire une agence mystérieuse, en commande du destin de l'humanité. Nous ne saurons jamais avant la conclusion ridicule du métrage pourquoi ces G-men voient dans le choix de Damon une décision qui leur faut rectifier absolument. Le spectateur pourrait accepter cet état de fait si les agents faisaient preuve d'un minimum d'intelligence ou de cohérence dans leurs actions. Pas de chance, ces imbéciles peuvent d'un claquement de doigt pulvériser le taxi que vous comptiez prendre pour leur faucher compagnie, mais pas se passer un coup de fil pour prévenir leurs collègues que vous vous étiez échappé. Dur de croire dans l'omnipotence d'une telle bande d'incapables.

 

 

Empêtré dans un ton sérieux qu'il n'a pas les épaules d'assumer, le script pioche ici et là dans les dernières idées à la mode, sans les digérer. La toupie d'Inception devient un chapeau ridicule, lors d'une séquence de poursuite inter-dimensionnelle molle du genou, qui amène le spectateur jusqu'à une conclusion qui estomaque de niaiserie bien pensante. Partir d'une nouvelle de Philip K. Dick pour aboutir à l'exaltation de la coercition comme clef de voûte de la liberté, il fallait oser. En gros, on vous oppresse, parce que sinon, vous n'auriez pas envie d'être libre, le tout énoncé avec sourire paternaliste et baiser final.

 

Résumé

Espérons que la prochaine adaptation d'Ubik, par un réalisateur autrement plus exigeant, fasse honneur à ce challenge relevé : faire se rencontrer la folie, le cinéma, et l'angoisse existentielle dans ce qu'ils ont de plus universel.

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commentaires
Zanta
09/07/2015 à 19:09

Film globalement decevant... On comprend sans peine que les deux stars aient ete convaincues par le projet sur le papier... Mais il aurait vraiment fallu un real a la hauteur.
C'est fade et sans intérêt.
Avec ce ratage, Damon se rapproche alors un peu plus de la nécessité de ramener Bourne... Il suffira au catastrophique ELysium d'enfoncer le clou.

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