Critique : Pontypool

Ilan Ferry | 27 novembre 2010
Ilan Ferry | 27 novembre 2010

En dépit des apparences, Pontypool se réclame peu de la saga zombiesque de tonton Romero. Se déroulant quasi intégralement entre les quatre murs d'un sous-sol transformé en studio de radio, le film de Bruce McDonald a pour lui deux atouts majeurs : un pitch aussi original qu'alambiqué (un virus transmis par certains mots clés transforme de gentils citoyens en  zombies neuneus) et l'acteur Stephen McHattie, génial en DJ cynique. Second rôle mythique du cinéma américain (entre autres aperçu dans A History of Violence  ou Watchmen), cette gueule burinée au sourire carnassier bouffe littéralement l'écran et hante le film de sa voix caverneuse. Une heure durant, Pontypool fait monter la pression via une ambiance anxiogène au possible appuyée par d'habiles montages audio. Dès lors, cramponné à son siège, le spectateur n'a d'autres choix que de se laisser embarquer dans un ride en apparence statique mais émotionnellement éprouvant. Un procédé renvoyant directement à un épisode du méconnu Tales from the darkside (série horrifique produite par Romero entre 1984 et 1988) dans lequel un présentateur radio subissait pendant toute une nuit les assauts vocaux d'auditeurs venus d'outre-tombe ! Malheureusement, cette intensité décline crescendo.

En voulant à tout prix conférer des résonnances actuelles au roman original (Pontypool changes everything de Tony Gurgess), le réalisateur finit par nous perdre dans les méandres d'une intrigue aux aboutissants de plus en plus obscurs. D'où l'apparition impromptue de séquences « autres », dans lesquelles les acteurs en totale roue libre font ce qu'ils peuvent pour sauver les meubles. En témoigne ce passage totalement surréaliste dans lequel, les protagonistes, obligés de parler français pour ne pas être contaminés (sic !) nous gratifient de perles linguistiques que n'auraient pas renié notre ami JCVD (« je kill le docteur pendant que toi partir ! » nous lance un Stephen McHattie visiblement stressé !). Partant complètement en vrille (la séquence post générique de fin est un monument de portnawak !), Pontypool aurait pu faire un excellent huis-clos à la fois terrifiant et ironique s'il n'avait été phagocyté par un propos moralisateur jouant vainement la carte de l'allégorie. En dépit de ses bonnes intentions, Pontypool fait office de semi coup d'épée dans l'eau et aurait fait un très bon moyen métrage ou épisode de La Quatrième Dimension.

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