Films

Johnny Mad Dog : critique

Par Sandy Gillet
25 novembre 2008
MAJ : 4 novembre 2018
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Jean-Stéphane Sauvaire signe avec Johnny Mad Dog son premier long de fiction en tant que réalisateur. Il n’en demeure pas moins que l’homme n’est pas un novice dans le métier. Tour à tour assistant réalisateur (plusieurs films dont Les nuits fauves et Les démons de Jésus), scénariste, monteur et il est déjà réalisateur de Carlitos Medellin, un formidable doc qui ressort ces jours-ci en DVD chez Blaq Out sur les ravages d’une guerre civile qui ne dit pas son nom captée à hauteur de l’enfance. Déjà.

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Johnny Mad Dog peut d’ailleurs être pris comme une suite de Carlitos Medellin, ou plutôt sa version fictionnelle, de celle que Jean-Stéphane Sauvaire aurait aimé déjà faire de toute façon avec Carlitos Medellin mais qui s’est avéré impossible à mener à bien une fois sur place transformant de fait le projet en documentaire. Ce qui frappe pourtant d’entrée avec cette adaptation du livre Johnny chien méchant d’Emmanuel Dongala, c’est la volonté certes affirmée de s’appuyer sur une narration de fiction et de composer avec des « acteurs » (Sauvaire a pris le parti d’aller caster des anciens enfants soldats tout en les amenant à utiliser cette expérience de tournage comme une thérapie) mais doublé de cette constance chevillée au corps de travailler le tout façon documentaire pur jus. La caméra est sur l’épaule, maximum de gros plans pour capter les émotions, pas de musique, un montage linéaire… bref une ligne de conduite très épurée sans pathos mais sans états d’âme non plus.

 

Il en résulte des images fortes, une fluidité narrative exemplaire et une démonstration par l’image plus que convaincante. De celle qui accuse ces États, fortement inspiré ici de ce qui s’est passé au Libéria jusqu’en 2003 même si le propos de Sauvaire se veut global, qui dans leur folie sanguinaire de guerres souvent fratricides et ethniques vont jusqu’à enrôler des enfants leur volant ainsi ce qu’ils ont de plus précieux, leur innocence. Le film évite de surcroît l’outrance faisant fi d’épisodes avérés comme le cannibalisme même si cela est évoqué dans une séquence forte où l’un des enfants soldats menace une jeune maman de manger son nouveau né si elle n’obtempère pas à un ordre forcément absurde.

 

Certains pourront cependant reprocher à Sauvaire cette « coquetterie » voire même cette obstination à gratter sous la carapace du Johnny Mad Dog du titre pour essayer de trouver un semblant de compassion restante, un peu à l’instar de ceux qui avaient rejeté en leur temps La Chute où l’on y voyait un Hitler forcément « humanisé ». Ce que cherchait Hirschbiegel et que Sauvaire a aussi trouvé c’est une implication plus forte du spectateur. En n’idéalisant pas leurs « héros » telles des « icônes abstraites » de l’Histoire, il nous force à rentrer tête baissée dans l’arène provoquant un malaise bien réel et plus que salutaire.

 

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