Critique : La Personne aux deux personnes

Par Jean-Noël Nicolau
25 mai 2008
MAJ : 25 février 2020
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L’univers de Jean-Christian Ranu, petit comptable de la multinationale COGIP,  est resté bloqué en 1982. Le monde de Gilles Gabriel, ex-star de la variété française, a arrêté de tourner en 1987. Leur fusion dans un même corps pourrait bien faire avancer l’horloge jusqu’à l’année 1990… L’idée géniale derrière le scénario de La Personne aux deux personnes n’est pas tant de coincer Alain Chabat dans l’esprit de Daniel Auteuil, mais de parvenir à créer une faille temporelle crédible, tout en situant l’action du film aujourd’hui. On rit d’abord de la ringardise apocalyptique des ses deux héros pour finalement l’accepter, l’adopter et l’adorer.

 

Les deux réalisateurs, Nicolas Charlet et Bruno Lavaine, étaient connu pour leurs Messages à caractère informatif sur Canal +, détournements de films d’entreprise désuets, par l’intermédiaire de doublages surréalistes. S’ils rendent hommage à leurs premiers travaux dans La Personne aux deux personnes, avec deux petits modules originaux et  hilarants, ils se démarquent progressivement de leurs figures de style habituelles. Certes, c’est le monde de l’entreprise, dans toute son absurdité, qui est l’environnement principal de Jean-Christian Ranu. Certes, Alain Chabat en est une forme de voix-off décalée (« L’enfer, c’est ça, c’est des bureaux ! »). Mais le piratage s’effectue ici en profondeur, jusqu’à créer de l’humanité et de l’émotion au cœur de l’architecture absurde de La Défense.

 

Si l’on est immédiatement séduit par le rythme des gags et l’efficacité des répliques, ce sont les performances des trois acteurs principaux qui offrent au film un charme hors du commun. Alain Chabat est toujours sur la gamme idéale, mais c’est Daniel Auteuil qui monte en première ligne. Depuis longtemps on ne l’avait pas vu aussi à l’aise dans le comique le plus burlesque. Un peu exaspérant, toujours maladroit, rapidement irrésistible, son Jean-Christian Ranu est de la veine des personnages cultes. Quant à Marina Foïs, elle trouve une nouvelle tonalité de jeu, plus sérieuse et à la fois plus touchante.

 

Difficile d’évoquer en détail la puissance comique de La Personne aux deux personnes sans déflorer les meilleurs gags. Il faut quand même rappeler la qualité paradoxale, mais étonnante, des chansons. Si Flou de toi tient du bon vieux tube de notre enfance, Love & cie et le thème de la COGIP devraient entrer dans l’Histoire (si l’Histoire ne fait pas sa mijaurée).  Une réussite de plus à l’actif de la comédie française de très grande qualité, qui vit décidément en 2008 une année faste.

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