Critique : Eaux profondes

Par Nicolas Thys
24 mai 2008
MAJ : 14 octobre 2018
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C'est avec Eaux profondes qu'on se rend pleinement compte de l'importance expressive du visage de l'acteur chez Michel Deville. Dans ce film tout tourne autour de Jean-Louis Trintignant, un Trintignant toujours plus ou moins neutre, austère, à la voix monocorde et au phrasé lent et par moment si longtemps impassible et grave que lorsqu'un sourire se dessine sur son visage on croirait voir un diable apparaître. Une véritable photogénie du sourire et des marques naturelles du visage s'installe et ne disparaîtra jamais vraiment. Photogénie macabre que seule le spectateur est en mesure de constater et qui dupera une partie de son entourage.

 

Le film aurait presque pu s'intituler « faux semblants » tant l'aspect extérieur et public du protagoniste est en complète opposition avec ce qu'il est réellement, dans son for intérieur. En cela il se démarque du caractère hautement extraverti de son épouse, enfant-femme incapable de s'assumer et peu crédible aux yeux de la loi alors qu'elle possède la vérité, et jouant toujours la vie de ses amants. Les jeux de miroirs constitue l'essentiel de la mise en scène et ce dès l'ouverture, ainsi que les parties de cache-cache derrière des vitres ou au détour d'une porte, les apparitions/disparitions mystérieuses ou encore les mensonges et vérités entremêlées.

 

Tout est sobre dans Eaux profondes. Paysages marins et montagneux très simples, froideur du cadre et lumières qui pourraient sembler naturelles si elles n'étaient si travaillées pour s'accommoder au caractère ambigu de Trintignant. Et c'est avec parcimonie que Deville distille quelques indices pour tenter de montrer que quelque chose ne va pas. Lors de cette séquence dans le garage où le couple se déclare la guerre par exemple, Isabelle Huppert entre et il fait jour. Lorsqu'elle repart la nuit est tombée mais seules quelques minutes se sont écoulées. Il ne peur s'agir d'une erreur mais au contraire d'une indication formelle éclairant le trouble et la menace qui se joue.

 

D'une (parfois trop) grande ascèse cette adaptation du thriller psychologique homonyme de Patricia Highsmith est néanmoins une jolie réussite.

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