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Surveillance : Critique pour ou contre

22 mai 2008
MAJ : 15 octobre 2018
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Pour :

Il y a 15 ans, la réalisatrice Jennifer Lynch, alors âgée que de 25 ans, ne faisait pas dans le détail pour son premier essai  Boxing Helena, son héros sado-maso, ses amputations déviantes, son twist controversé. Aujourd’hui, avec son second long-métrage, cette fille de (David hein, pas Francis Ford) a décidé de montrer qu’elle n’a pas fini de saloper la pellicule. Et il ne s’agit là bien sûr que de compliments. Dès le massacre gratuit et graphique d’un couple par deux forcenés, la couleur et le ton sont données. Rouge sang donc, mais aussi brûlant comme l’asphalte, poussiéreux comme le désert et bordélique comme une planque de drogués ou un commissariat de bras cassés. Car il faut voir cette tronche creusée de Michael Ironside se foutre que ses hommes fassent du zèle ou enferment les témoins dans la même pièce. Un flic, une junkie et une fillette qui tour à tour racontent leur version d’un accident de voiture aussi brutal que décisif.

 

 

Un peu comme Rashômon me direz-vous, oui, sauf que Jennifer Lynch semble s’en foutre et préfère multiplier, accumuler les numéros d’humiliation, de malaise et d’ironie mal placée. La place qu’elle réserve à deux flics aussi pourris que pervers est en ce sens révélateur. Elle les aime (ou aime les détester), et leurs scènes s’étirent, se répètent jusqu’à en contaminer le spectateur. La torture, plus mentale que physique d’ailleurs, qu’ils infligent aux automobilistes tient d’un jeu d’attraction et répulsion qui est poussé dans ses derniers retranchements – et pour le spectateur dans des zones d’ombre où le plaisir est inavouable. Jusque dans son twist prévisible et sa résolution bien déviante, Surveillance est donc un film de malade(s), entendu dérangé, brave, cool… et où la générosité et la sincérité de Jennifer Lynch ne font aucun doute. (3,5/5)

Vincent Julé

 

 

Contre :

Il y a des choses qui ne trompent pas… Avec sa petite ville au climat délétère, ses habitants quasi fantomatiques et autres agents du F.B.I. névrosés… Surveillance ressemble furieusement à une pale copie de Twin Peaks. Seulement voilà : à trop vouloir faire comme papa, Jennifer Chamber Lynch rate le coche et livre un film impersonnel. Dommage, tant le postulat de départ laissait augurer une série B bien malsaine et au twist final, certes prévisible, mais assez interessant dans les thémathiques qu’il dégage.

 

C’est ainsi qu’on pourrait diviser le nouveau film de Lynch fille (quinze ans tout de même depuis son dernier méfait Boxing Helena) en deux parties: La première, extrêmement ennuyeuse, consiste en une lente et rébarbative mise en place de l’action, où protagonistes et antagonistes se voient sommairement présentés dans leurs plus caricaturaux attraits (la junkie, les flics pourris jusqu’à la moelle…). La deuxième, plus pêchue, dérive malheureusement dans un trip arty totalement artificiel.

On ne retiendra au final que le cabotinage d’un Bill Pullman en totale roue libre et un fort potentiel sacrifié sur le sacro saint autel auteurisant. Surveillance aurait pu être une belle virée sauvage au pays des ploucs, mais ne fait que rejoindre la longue liste des films de genre qui ne s’assument pas.(1,5/5)

Ilan Ferry 

Résumé
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