Critique : La Source thermale d’Akitsu

Par Nicolas Thys
3 avril 2008
MAJ : 25 février 2020
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Véritable élégie sentimentale La Souce thermale d'Akitsu est la plus belle des réponses que le cinéma japonais pouvait offrir aux mélodrames américains desquels il s'éloigne sans s'y opposer frontalement. Rarement amour n'aura été aussi violent et passionné, aussi proche de la mort car finalement la seule manière de le vivre pleinement c'est de se tuer avant qu'il ne s'effrite, avant que le temps, la fatalité et la l'hypocrisie de la vie ne jouent en sa défaveur.

 

En sauvant un homme dont le désir était de mourir un couple naît mais dès lors leur relation sera indissociable de la mort à laquelle le héros était promis. En renversant le cours d'un destin tracé, en donnant une suite à une fin programmée, en débutant le film sur ce qui aurait dû être un épilogue la vie des deux héros sera bouleversée. Leur romance sera marquée à la fois par une impuissance fondamentale à éprouver un amour sain et par une obligation morale de s'éloigner pour ne pas sombrer dans la folie d'une passion aussi destructrice qu'impossible.

 

Mais leur départ amènera toujours des retrouvailles, aussi brèves que dévorantes. Comme souvent chez Yoshida le récit se délite sans marquer clairement le passage du temps. En 17 années les deux amants ne se verront que 4 fois et seuls ces moments d'une grande intensité seront rapportés à l'écran. Les ellipses, loin d'être de simples passages temporels entre deux époques, sont en fait des temps morts, des temps d'attente infinis au cours desquels toute vie semble s'être interrompue et à la suite desquels cette même vie reprend comme si de rien n'était.

 

Réalisé en couleurs, chose assez rare chez Yoshida, Akitsu est d'une grande beauté plastique. Si celles-ci ne flamboient pas, restant même assez ternes dans leur expression, elles donnent néanmoins aux paysages et au personnage de Mariko Okada, étroitement liée à la nature et à ses changements perpétuels, une dimension supplémentaire, quasi métaphysique, reflétant à la fois l'éternité et la majesté d'un amour et d'un corps adolescent que le temps et l'espace n'auront pu altérer, contrairement à son compagnon qui lui aura mûri.

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