Critique : Diary of the dead : Chroniques des morts-vivants

Vincent Julé | 26 juin 2008
Vincent Julé | 26 juin 2008

Avis pour :

 

Si l’on ne peut nier une chose c’est qu’au cours des années séparant son premier film de zombis, La nuit des morts-vivants, sorti en 1968, et son dernier, Diary of the dead, George Romero a toujours su habilement mener discours politique et film d’horreur. Et malgré son âge il sait être actuel et disposer des failles sociales, médiatiques et économiques qui rongent le monde, ce qui manque à nombre de scénaristes et cinéastes.

 

Dans Diary of the dead, qui peu agacer car il ressemble fort par moments à un shoot ’em up, le monde n’est plus qu’une image directe et crue, préfigurant l’anéantissement d’une société qui ne sait comment réguler ses informations et donc se préparer et résister au désastre qu’elle-même a créé. Les individus se heurtent à un trop plein d’images contradictoires, manipulées, vidées de leur contenu et la forme choisie n’est là que pour rappeler ce que les médias (récents et anciens car même Internet est pris à parti) sont susceptibles de nous faire avaler.

 

Romero utilise la caméra subjective, un peu à la manière du Projet Blair Witch, la dimension politique supplémentaire car loin de montrer un simple enregistrement de gens effrayés dans une forêt, les premiers plans sont là pour révéler ce qu’il se passe, l’inévitable. A force de leurrer la population, de la « zombifier » en l’abreuvant de clichés tous plus gros les uns que les autres afin d’uniformiser les masses grâce à un discours préfabriqué, ces individus vont véritablement devenir des zombis et contaminer tout ceux qui ont pu conserver un minimum d’humanité (mormons y compris !). Mais même cette caméra, qui tente de dire la vérité, n’est finalement qu’une image supplémentaire : tout en désincarnant chaque humain, elle donne chair aux zombis. Du Romero pur jus ! (3/5)

Nicolas Thys

 

 

Avis contre :

 

Avec REC., Cloverfield et Diary of the dead, il serait presque temps de ressortir son vieux caméscope acheté après Le Projet Blair Witch en 1999. Sauf qu'il faut déjà accepter de faire le mauvais choix entre survivre ou filmer. Après le concept peut être respecté comme dans REC. à quelques coupes et effets sonores près, ou détourné comme dans Cloverfield avec sa caméra indestructible, son Dolby Surround, ses changements de valeur de plans et finalement son montage malhonnête mais immersif. Que dire alors du regard subjectif et affectif de George A. Romero sur ses zombies, où il n'est pas seulement question d'une caméra portée, mais parfois de deux pour faire du champ/contrechamp, de caméras de surveillance avec du son, de téléphones portables qui font du scope...

Appréhender le chaos et les zombies via les nouvelles technologies est a fortiori une idée passionnante, mais encore aurait-il fallu donc prendre les spécificités de chaque media. Toutes les images sont ainsi les mêmes, parfois agitées, parfois noir et blanc, et surtout montées. Ce n'est d'ailleurs pas celui qui filme pour la postérité, le jeune réalisateur Jason, qui a fini le montage, mais sa copine Debra. Pontifiante, moralisatrice, elle passe son temps à questionner le pouvoir des images à l'écran et à discourir sur la monstruosité des hommes en voix-off. Mais c'est elle aussi qui « a ajouté un peu de musique, car le but est aussi de faire peur ». C'est donc n'importe quoi, jusqu'à ces plans impossibles et contradictoires où l'on tire face caméra, avant qu'un joli contrechamp révèle un zombie la tête explosée.

Profondément débile ou malheureusement improvisé, le film s'autodétruit aussi parce qu'il ne propose aucune alternative, aucune distraction. Les zombies font peine à voir, les effets gore tombent à plat et le sous-texte politique et minoritaire joue la redite. Au mieux reste-t-il l'humour (in)volontaire et cet affect mis à mal mais indestructible pour Romero. (2/5)

Vincent Julé 

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