Critique : Les Deux mondes

Par Julien Foussereau
13 novembre 2007
MAJ : 25 février 2020
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Un homme d'une affligeante banalité, spectateur jusque là de sa vie, va se découvrir des ressources insoupçonnées en se retrouvant catapulté messie d'un monde parallèle. Grand classique qui a su engendrer bon nombre de pépites à haute teneur divertissante. Si, en plus, l'indéniable talent comique de Benoît Poelvoorde est de la partie, difficile d'y résister, non ? Las ! Les Deux mondes appartient à cette catégorie de comédies fantastiques hexagonales ambitieuses sur le papier mais qui se révèlent in fine plombées par des choix esthétiques douteux et ce mal typiquement français de l'écriture incapable d'assumer pleinement la dinguerie à laquelle appelle le projet.

 
Il y a trente ans, la France n'avait pas de pétrole si ce n'est des idées. Cinématographiquement parlant, on serait tenté d'ajouter des idées laissées en jachère. Dommage car Les Deux mondes en regorge… à commencer par celle de l'intercommunication quasi permanente entre les deux univers se chargeant peu à peu de transformer notre héros tel ce quotidien parisien devenu terrain d'entraînement pour la guerre chez les primitifs. Malheureusement, une trouvaille astucieuse (la potion de mise à jour du langage par exemple) germe rarement. Pire, elle se voit souvent amoindrie par l'hésitation de Daniel Cohen. Là où le savoir-faire comique américain saurait orienter sans mal son terreau créatif pour laisser éclore une comédie brassant des thématiques un minimum abouties sur l'identité, l'accomplissement personnel et la place de celui-ci face à autrui, Daniel Cohen a le cul entre deux mondes, celui du rire et celui de la bonne leçon de vie métaphorique.

 

Cette hésitation lui coûte cher. Parce qu'il ne peut pas faire reposer son édifice branlant sur autre chose tant ses deux mondes sont laids et peu crédibles, inaptes qu'il sont à susciter un chouïa d'adhésion par l'émerveillement. Dans cette bouillasse plastique, Poelvoorde parvient non sans mal à exister. Pourtant, malgré toute l'affection qu'on lui porte, on peine à le suivre jusqu'au bout de son voyage pour cause de résolution bien pensante, calibrée pour une diffusion prime-time sur TF1. Alors, la botanique comique si longtemps espérée vire au surgelé écoeurant et périmé.

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