Critique : La Terre abandonnée

Par Nicolas Thys
28 octobre 2007
MAJ : 25 février 2020
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La Terre abandonnée pourrait être un film sur le vide, le néant absolu. Un assemblage disparate de plans sans vraiment ni queue ni tête, voilà tout : on reconnaît de-ci de-là un visage aperçu quelques instants auparavant, puis quelques militaires arrivent, une femme se dévêt, et ainsi de suite. Une idée générale ? Oui sans doute, dans la tête du cinéaste. Un film de fiction ? Pas vraiment, plutôt un rêve, des réminiscences, des bribes de souvenirs d'une époque passée qui s'entremêlent, des métaphores assénées par un vieillard à son petit fils sous la forme d'un conte, autre chose encore…

La fiction impose une continuité entre chaque plan qu'elle soit linéaire ou non. Ici chaque plan semble quasiment autonome, indépendant de ce qui le suit et le précède comme si on assistait à une multitude de courts métrages davantage qu'à un véritable long. Cela peut-être une qualité : la création d'un récit d'une forme nouvelle, une expérimentation visuelle et narrative. C'est aussi son principal défaut car si l'on n'est pas réceptif à l'atmosphère particulière qui se dégage on décroche vite et on abandonne.

Le mutisme d'une grande partie de La Terre abandonnée et sa lenteur ne font qu'accentuer cette impression de rejet du spectateur comme si le film ne désirait être suivi que par ceux qui acceptent de subir sa loi au lieu de chercher à attirer le plus de monde vers lui. Pareille lenteur existe, plus prononcée même chez Chantal Akerman qui, dans Jeanne Dielman expérimente elle aussi sur le temps. Mais ce dernier possède une continuité, il porte en lui ce mécanisme qui permet à tout un chacun de se retrouver, de vouloir continuer, de s'y intéresser malgré son aspect inhabituel.

La Terre abandonnée comporte des plans magnifiques, des images sublimes. Les lumières, les cadrages, la plastique sont exceptionnels et on ressent la parfaite maîtrise technique du cinéaste. Mais pris dans son ensemble le film se refuse obstinément et on en vient à se dire qu'une exposition de photographies aurait certainement été mieux venue et aurait pu donner lieu à quelque chose de superbe d'autant que le spectateur aurait eu le choix de se déplacer librement dans les images au lieu de les souffrir.

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