Critique : Le Secret des frères Mc Cann

Fabien Braule | 5 novembre 2004
Fabien Braule | 5 novembre 2004

Scénariste du magnifique Géant de fer, de Brad Bird, Tim McCanlies entre dans la cour des réalisateurs talentueux avec son premier film : Le Secret des frères MacCann. Il apporte à son récit et au thème de l'initiation une saveur exquise, en donnant à ses acteurs une forme de sincérité excentrique, rendant ces derniers touchants et profondément humains.

En mesurant un fils à sa mère, par son regard et sa prise de conscience du monde qui l'entoure, McCanlies laisse se confronter, sur un plan émotionnel, la sincérité et le mensonge. Parce que cette dernière se rapproche bien plus d'une « never will be » et s'écarte le plus possible du rôle qui devrait être le sien, il porte sur le jeune Walter un regard attendrissant qui suivra son cours durant l'heure quarante-cinq du métrage. Pour faciliter son parcours et ainsi passer vers l'âge adulte en douceur, le cinéaste va laisser libre cours à l'imagination des deux compères, en leur permettant de narrer des récits exotiques, à valeur autobiographique, tous plus extravagants les uns que les autres. Il permet ainsi au jeune garçon de s'évader de ce « middle of nowhere » grâce à certains artifices, relayant à l'histoire sa forme cinématographique pure, en accentuant tout aussi bien la rupture narrative que l'injection au coeur du Texas d'une flore sauvage de pacotille (le champ de maïs). En acceptant le mensonge comme élément nécessaire à la survie de tout conteur d'histoire, c'est par la magie qu'opérera le lien consanguin entre Walter et ses deux grands-oncles.

Par l'originalité du script, il pousse ses personnages à devenir une sorte d'aboutissement d'eux-mêmes, laissant l'âge au placard pour se sentir, tant qu'il en est encore temps, vivants et utiles. Présentés comme de vrais casse-cou, les frères MacCann – interprétés de main de maître par Robert Duvall et Michael Caine – possèdent la petite flamme au fond de leur cœur, celle qui, par l'amour et la reconnaissance d'une vie bien remplie, permet à l'histoire de s'envoler dans les airs et d'apporter au public une belle bouffée d'oxygène. De ce point de vue, une fois encore, la musique de Patrick Doyle sublime jusqu'à l'excès les situations les plus insolites et arrive parfaitement à croiser l'aventure et la magie, que ce soit dans le prologue rappelant les partitions de Korngold ou, par la suite, avec une musique plus proche de ce qu'il avait déjà composé pour Alfonso Cuarón et La Petite Princesse.

Les récits et autres mésaventures, dont même Indiana Jones ne serait pas ressorti indemne, flirtent le plus souvent avec l'aspect métaphorique du titre original (Secondhand lions) et se réservent même le droit de porter l'histoire principale du film (le butin caché des frères) au second plan, tant ceux-ci apparaissent comme l'enjeu principal du film. Avec ce premier long métrage, le réalisateur fait mouche à chaque instant et propose un divertissement familial de grande classe. Curieusement très proche dans le fond de Big fish, de Tim Burton, McCanlies offre au gros poisson un lion en guise d'apéritif… amusant.

Résumé

Lecteurs

(0.0)

Votre note ?

commentaires

Aucun commentaire.

votre commentaire