Critique : Ronin

Thomas Douineau | 28 octobre 2004
Thomas Douineau | 28 octobre 2004

Avec Ronin, John Frankenheimer revenait filmer en France, lui qui connaît notre pays comme personne. Et cela se voit à l'écran. On est loin des clichés habituels tels qu'on peut les voir dans les films américains, où les Français sont toujours représentés de manière extrêmement caricaturale.

Un film du réalisateur se reconnaît facilement et Ronin ne déroge pas à la régle : mise en scène fluide, scènes d'action réalistes et crédibles, poursuites en voitures phénoménales filmées « pour de vrai » sans trucages, montage sec et efficace, casting irréprochable. Bref, tout ce qu'il y a de plus prometteur et qui, sur le papier, a fait que John Frankenheimer a immédiatement signé.

Alors pourquoi, finalement, est-on si dubitatif devant l'écran, au fur et à mesure que défilent les images ? Tout simplement parce qu'il manque l'essentiel : un scénario. On peine à s'attacher à cette équipe digne de Mission impossible qui cherche à mettre la main à tout prix sur une malette dont on ne connaîtra jamais le contenu (une bombe bactériologique ? le plus gros diamant du monde ? le résultat des prochaines élections américaines ?). Pour que les « non-infos » dissimulées pendant tout le film puissent être un parti pris intéressant, il aurait fallu que les personnages soient suffisamment hauts en couleur pour accrocher le spectateur. Hélas, il n'en est rien. Ils ne possèdent aucune épaisseur, aucun passé et, serait-on tenté de dire… aucun avenir. Dès lors, quel est l'intérêt pour le spectateur s'il n'a rien auquel se raccrocher ? La présence fantomatique (pour ne pas dire transparente) de Natascha McElhone, ou le « méchant » Jonathan Pryce (qui a dit qu'un bon film d'action, c'est d'abord un bon méchant ?) n'apportent ni de féminité dans ce monde de brutes pour l'une, ni de tension palpable pour l'autre. La déception est d'autant plus grande que l'on se souvient qu'à l'époque, au moment où le projet se montait, on attendait un thriller noir teinté de romantisme et d'action (rappelons tout de même que sous le pseudo du scénariste Richard Weisz se cache… David Mamet !)

Les plus indulgents se repasseront donc en boucle la poursuite en voitures finale dans les rues de Paris, véritable morceau de bravoure cinématographique peu habitul de par chez nous (qui dit encore que le taxi Peugeot peut aller se rhabiller ?), pour peu que les habitants de la capitale et autres DVDphiles ne soient pas trop regardants quant à la topologie des lieux.

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