Critique : J’attends quelqu’un

Par Erwan Desbois
11 mars 2007
MAJ : 12 octobre 2018
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Les deux premiers longs-métrages de Jérôme Bonnell, Le chignon d'Olga et Les yeux clairs, avaient séduit par leur ton décalé, basé sur un mélange de mélancolie et de détachement, et leur refus de s'en tenir aux terrains bien délimités de la comédie ou du drame. J'attends quelqu'un, pour lequel le réalisateur bénéficie pour la première fois d'un gros casting – Darroussin, Devos ou encore Caravaca –, marque un temps d'arrêt dans ce parcours atypique en proposant une vision étriquée et déprimante des relations amoureuses.

Le format choral du scénario (cinq personnages en prise avec les difficultés de leur couple ou leur incapacité à en construire un) se résume dans les faits à un rabâchage stérile de complaintes. En nous plaçant en vase clos avec des hommes et des femmes tous atteints d'inaptitude sentimentale et portant de lourds et traumatisants secrets, Bonnell joue sur l'accumulation plutôt que sur la diversité et rend son film aussi artificiel qu'indigeste dans sa volonté de « faire » tragique.

Les acteurs se débrouillent comme ils peuvent avec ces rôles ampoulés, certains étant mieux lotis que d'autres. Jean-Pierre Darroussin a tiré le plus insupportable, avec ce père divorcé tellement macho et égocentrique qu'il est impossible de ressentir de la pitié pour lui. Emmanuelle Devos est celle qui s'en sort le mieux, en épouse calquée sur Madame Bovary qui se surprend à se laisser séduire par un adolescent (lui aussi a son lourd et traumatisant secret). Une séduction qui débouche sur la plus belle scène du film – un plan-séquence de cinq minutes captant les préliminaires amoureux des deux personnages –, et l'un des rares moments où J'attends quelqu'un s'autorise à descendre de son manège dépressif.

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