Critique : Jay & Bob contre-attaquent

Laurent Pécha | 22 novembre 2006
Laurent Pécha | 22 novembre 2006

Personnages récurrents de tous les précédents films du réalisateur, Jay et Silent Bob n'avaient jamais eu le droit jusqu'ici à l'honneur d'être les principaux personnages du récit. Il fallait jusqu'alors se contenter d'apparitions aussi fugitives et brèves que savoureuses. Jay and Silent Bob strike back répond donc aux attentes des fans de l'univers iconoclaste et référentiel du cinéaste : les héros, ce sont désormais bien nos sympathiques gugusses, ces inénarrables branleurs et obsédés sexuels qui n'envisagent la vie qu'adossés à leur « convenience store » (une sorte d'épicerie locale).

Pour faire honneur à ces deux personnages d'exception, Kevin Smith a imaginé un canevas scénaristique des plus loufoques, jugez plutôt : la paisible vie de Jay et Silent Bob est bouleversée par l'arrivée d'une fâcheuse nouvelle : la BD qui s'inspirent de leur personnalité bien particulière (remember Chasing Amy) va être adaptée au cinéma par Miramax. Refusant de se voir ridiculiser (ils ont lu sur internet les critiques proclamant que cette BD et ses deux héros étaient pitoyables) et surtout craignant de ne plus pouvoir attirer le sexe féminin (l'explication est en fait bien plus crue dans le film), les deux compères décident de partir à Hollywood pour stopper net le tournage du film.

Et en voiture pour un road movie déjanté à l'humour parodique jouissif ! Durant tout le périple des deux comparses, on assiste alors à un festival de gags désopilants dans lequel un Kevin Smith plus libre et créatif que jamais réussit le tour de force de faire se croiser des clones ultra sexys des Drôles de dames (dont Shannon « American Pie » Elizabeth), un Scoubidou et sa bande bien vite initiés aux joies du pétard et une nonne qui fut autrefois une princesse Leia dans une galaxie très, très éloignée (pour ne citer que trois des rencontres les plus marquantes). Cet aperçu n'est pourtant que peu de choses en comparaison du délire qu'a concocté le réalisateur une fois que ses héros débarquent à Hollywood. Là, lors d'une grosse demi-heure d'anthologie, Kevin Smith se lâche et multiplie les privates jokes, les parodies et les gags graveleux avec une aisance presque miraculeuse.

Satire jubilatoire de Hollywood et principalement de Miramax qui n'en finit pas d'en prendre plein la gueule (on atterrit ainsi notamment sur le tournage de Will Hunting 2 devenu un vulgaire thriller ou encore de Scream 4 où l'identité du tueur démontre de manière flagrante l'épuisement de la série), le film s'offre une pléiade de guest stars venus se moquer avec beaucoup d'humour d'eux mêmes : Ben Affleck et Matt Damon en tête qui critiquent réciproquement les erreurs de leur filmographie mais aussi Wes Craven et Gust Van Sant totalement vendus au dieu dollar, Jason Biggs et James Van Der Beek en interprètes de…Jay et Silent Bob, et le clou du spectacle, Mark Hamill qui reprend pour l'occasion le sabre laser dans une séquence délirante, ultime hommage du réalisateur à la saga de George Lucas à qui il n'a cessé de faire référence dans sa filmographie. Jay and Silent Bob strike back ou une certaine idée du film de fan ultime !

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