Critique : Mon colonel

Par Laurent Pécha
15 novembre 2006
MAJ : 13 septembre 2018
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Encore timoré jusqu’ici lorsqu’il s’agit d’évoquer la Guerre d’Algérie (Avoir 20 ans dans les Aurès en 1972 fut longtemps interdit de diffusion), le cinéma français semble enfin passer le cap et ose affronter le passé trouble et peu glorieux qui entoure cette période charnière de l’Histoire contemporaine de notre pays. En début d’année, on avait pu découvrir La Trahison de Philippe Faucon et en attendant l’alléchant L’Ennemi intime de Florent-Emilio Siri en 2007, voici que débarque Mon Colonel.

Récit à deux vitesses comme autant d’époques (présent en France en couleurs et passé en Algérie en noir & blanc), le film de Laurent Herbiet souffre constamment d’un scénario extrêmement maladroit. Ambitieux et réussi à plus d’un titre – toute la partie algérienne -, Mon Colonel n’arrive jamais à extraire quelque chose de pertinent voire tout simplement de cinématographiquement palpitant de la partie contemporaine. Autour d’une Cécile de France anesthésiée (numéro 1 de l’année du rôle qui ne sert à rien), l’enquête pour savoir qui a bien pu tuer le colonel Raoul Duplan est en mode Derrick. Il y a toutefois un avantage non négligeable à se voir imposer de telles séquences vide de sens et d’intérêt, l’immersion à Saint Arnaud dans la caserne de cette petite bourgade de l’Algérie française arrive à chaque fois comme un salut salvateur à l’intellect du spectateur. On y touche enfin le cœur du récit, celui qui oppose deux conceptions antinomiques de la colonisation, deux générations de soldat, deux visions de la vie,…

Porté par l’interprétation magistrale de Olivier Gourmet et Robinson Stévenin, le duel psychologique et idéologique de ces deux militaires permet à Herbiet et ses deux scénaristes de renom (Costa-Gavras et son compère d’écriture, Jean-Claude Grumberg) d’évoquer avec un certain brio et une réelle justesse les prémices de la future décolonisation. Mais là encore, on a parfois l’impression que le récit situé en 1995 vient gangrener le passé pour le faire stagner, les positions de chacun étant trop vite établies et surtout figées, comme si tout était déjà joué sans pour autant que Herbiet et consorts soient en osmose (narrative) avec leurs personnages.

En découle une œuvre furieusement bancale mais appliquée à faire passer un message didactique important. Une œuvre établissant les prémices de ce que le cinéma historico-politique français va être ? On ne l’espère pas tout en ne le regrettant pas totalement.

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