Critique : Greetings

Par Patrick Antona
7 novembre 2006
MAJ : 16 octobre 2018
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S’il est bon de se replonger dans les premiers essais cinématographiques de Brian de Palma, cette découverte doit se mesurer à l’aune de toute l’œuvre d’un des meilleurs réalisateurs américains qui soit. Car tout ce que l’on connaît de ces tics de mise en scène, ses thèmes privilégiés et de son goût pour l’expérimentation se retrouve dans les films qu’il a réalisés dans la seconde moitiés des années soixante. Entre The Wedding party, Greetings qui nous intéresse ici, Murder a la Mod et Hi Mom ! (Dionysus in 69 étant un spectacle filmé), on peut dire que tout le talent futur de Brian de Palma se trouve à l’état embryonnaire, voire condensé, dans des films dont l’énergie et la fraîcheur sont directement issues du style de la Nouvelle-Vague française.

Dans Greetings, Brian de Palma donne un portrait humoristique mais sans concession d’une certaine jeunesse new-yorkaise, illustrée par Jonathan Warden, Gerrit Graham (Phantom of the Paradise) et Robert de Niro (Les Incorruptibles) avec qui il avait déjà tourné The Wedding party trois ans plus tôt. Dans Greetings, De Palma fait dans la tranche de vie, dans une époque où les jeunes américains étaient intéressés par la découverte de l’amour libre, voulaient échapper à l’envoi au Vietnam et étaient encore marqués par l’assassinat de John F. Kennedy.

En l’espace de quelques saynètes alertes et sans lien défini, flirtant un peu avec un amateurisme jubilatoire (la scène d’improvisation sur les marches du Musée avec un De Niro hilare), on peut suivre les pérégrinations d’un trio un peu excentrique, entre Paul (Jonathan Warden) qui collectionne les conquêtes amoureuses selon une routine bien huilée, Jon Rubin (De Niro) très tenté par le voyeurisme et Lloyd Clay (Gerrit Graham) obsédé par la mort de JFK. C’est d’ailleurs lui qui a à son actif la scène la plus aboutie du film et qui préfigurera nombre de thrillers à venir de son réalisateur, à savoir la reconstitution de la mort du président des Etats-Unis avec le corps nu d’une de ces petites amies ! Autre scène emblématique du film, et dont John Milius semble s’être inspiré pour Big Wednesday, la séquence des tests d’aptitude pour l’armée montre le talent d’un Brian de Palma à la fois à l’aise dans la pure forme comique mais aussi dans la dénonciation du cynisme ambiant, anticipant en cela la fin des années flower power avant beaucoup de monde. Déjà à l’aise avec la caméra, Brian de Palma use du champs/contre-champs avec bonheur (mais pas encore de ces longs plans séquences proverbiaux) ou d’autres artifices de montage qui permettent de dynamiser une narration qui aurait tendance à s’effilocher au gré des séquences.

Moins naïf qu’il n’y paraît, Greetings est un film fondateur dans l’œuvre de son réalisateur, qui allait abandonner la liberté de ton affiché ici vers une forme plus sophistiquée et surtout plus maîtrisée. Même si la satire sur les mœurs et la société de l’époque semble avoir perdu de sa force (en regard d’un Lauréat bien plus percutant), il n’en demeure pas moins un véritable creuset d’idées, techniques et narratives, qui trouveront par la suite de nombreux prolongements dans la filmographie de Brian de Palma. Greetings rencontra non seulement un relatif succès public à sa sortie, remportera l’Ours d’Argent à Berlin en 1969 mais connaîtra une suite, Hi, Mom !, avec Robert De Niro toujours dans la peau d’un Jon Rubin encore plus possédé par son obsession du voyeurisme, l’incontournable marotte de Brian De Palma, digne émule d’Alfred Hitchcock dans ce domaine.

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