Critique : Libero

Erwan Desbois | 2 novembre 2006
Erwan Desbois | 2 novembre 2006

Belle gueule cassée du cinéma italien (remarquée de ce côté-ci des Alpes dans Romanzo criminale), Kim Rossi Stuart passe derrière la caméra avec ce drame dont il est également l'un des interprètes. D'un sujet casse-gueule en raison de sa forte teneur en pathos et en éléments tragiques (les épreuves quotidiennes d'une famille romaine qui tente de joindre les deux bouts entre les éclats de colère du père et les fugues amoureuses de la mère), il tire un film poignant mais qui ne tombe jamais dans l'excès.

Cette réussite tient à la volonté farouche du réalisateur de rester au plus près de ses personnages, de partager leur dignité autant que leurs défauts. Parmi les parents et leurs deux enfants (la grande sœur, Viola, qui entre dans l'adolescence en répétant les errements sentimentaux et sexuels de sa mère, et son petit frère Tommi qui se referme sur lui-même et s'isole de la famille), on ne sait qui est le plus paumé, le plus à plaindre ou le plus coupable. Libero se concentre sur le parcours de Tommi, personnage passionnant placé de manière précoce et contre son gré à la frontière de l'enfance et de l'âge adulte – l'interprétation remarquable de rage rentrée d'Alessandro Morace porte d'ailleurs le récit.

La grande force du film est dans ce qu'il tait plutôt que dans ce qu'il dit : les nombreuses zones d'ombre dans la description des vies des proches de Tommi laissent planer le mystère quant aux motivations de ces derniers, et montrent toute la distance qui sépare même les membres d'une même famille et peut conduire aux pires drames. La mise en scène, sèche et sans effets – ceux-ci sont circonscrits aux moments-clés du récit, et toujours pertinents –, relève de la même logique. Kim Rossi Stuart filme le quotidien avec une grande simplicité, parti-pris modeste qui colle au sujet et l'amplifie même en montrant la dureté du combat ordinaire des personnages, ainsi que la noblesse de leur volonté farouche à tenter coûte que coûte de continuer à vivre ensemble plutôt que de s'entredéchirer.

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