Critique : Les Aristos

Par Julien Foussereau
19 septembre 2006
MAJ : 25 février 2020
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Cette fois c’est certain, on n’aura pas besoin de patienter jusqu’à la toute fin de décembre pour connaître la purge absolue de 2006. Personne ne pourra jamais faire mieux que Les Aristos parce que Charlotte de Turckheim atomise tout sur son passage au point de ridiculiser la pourtant redoutable concurrence de ces derniers mois (voire même des cinq années écoulées.) Qu’est ce qui rend la vision des Aristos plus insupportable que le reste ? Un grand tout que l’on peut expliquer à l’aide de l’arithmétique : franchir le point de saturation avec un navet équivaut à vingt minutes, Les Aristos divise cette durée par cinq ! Sitôt le générique terminé (d’une laideur n’ayant rien à envier à celui d’une fiction estampillée TF1, la chaîne étant par ailleurs productrice avec M6), on est pris d’une envie persistante de fuir cette… chose au delà du ratage intégral dans laquelle chaque seconde, chaque recoin d’image peine à dissimuler le mépris envers le spectateur, la prétention déplacée et la mégalomanie de Charlotte de Turckheim.

De Turckheim est une bonne cliente du franc-parler, toujours encline à rappeler qu’elle est comme nous : simple, modeste, une populaire d’adoption, quoi ! Le reniement par la moquerie de sa particule a longtemps fait partie de son fond de commerce à la télé comme sur les planches, l’exprimer par le médium du cinéma n’est guère surprenant. Seulement, Charlotte de Turckheim était déjà une has been longue durée lors de son premier film, l’horripilant Mon père, ma mère, mes frères et mes sœurs, dont l’échec critique et public aurait du stopper net ses ambitions. D’où notre étonnement à l’annonce de ce projet sur les aristocrates, un véhicule pour l’humour navrant de Charlotte ainsi que son goût prononcé pour la caricature surannée. Et subir Les Aristos ne donne pas envie de rire, et encore moins d’être aimable. Pire, on se surprendrait presque à sortir des rengaines de vieux cons : « C’est ça une comédie française d’aujourd’hui ? L’argent public du CNC a servi à financer cette horreur ? Comment un comédien talentueux comme Jacques Weber a osé apparaître là-dedans ? (Danone ne paie donc pas assez ?)

Oui, comment a-t-il pu se fourvoyer dans cette vomissure filmique prétendant porter un regard juste et ironique sur les nantis ? On est atterré dès le départ devant ce regard mi autistique mi vengeur sur la noblesse, obligée d’utiliser la plus dévergondée du clan comme dictionnaire linguistique afin de communiquer avec la plèbe quand elle n’est pas sidérée devant cette France qui travaille pour rembourser ses prêts et mange de la junk food avec ses doigts. Il y a, derrière cette lourdeur de trait pathétique, une haine de ses origines qui serait presque gênante si la réalisatrice ne faisait pas diversion avec sa trame éculée, le dilemme du jeune aristo neuneu : sauver le château ou trouver l’amour avec la postière. Pour la mettre en scène, Charlotte de Turckheim fait preuve d’un « non-talent » impressionnant, direction d’acteur et réalisation confondues et se pose comme la fille spirituelle cachée de Max Pécas. Une projection du dernier Julie Lescaut aurait été moins traumatisante en comparaison ! Mais c’est par l’opportunisme de son casting que Les Aristos passe définitivement le point de non-retour avec Vincent Desagnat et surtout l’immonde Cauet. Ce dernier écope du rôle de l’huissier fasciné sexuellement par la femme au sang bleu voluptueuse interprétée par… Charlotte de Turckheim. L’onirisme crasseux camoufle à peine une dernière tentative pour ratisser large avec « l’animateur préféré des Français ». En revanche, l’union finalement naturelle entre la noblesse fin de race et la beaufitude dégénérée transparaît au grand jour. Comme quoi, la Nature ne fait pas toujours bien les choses.

P.S. Les quelques défenseurs des Aristos pourront toujours arguer qu’il s’agit avant tout d’une comédie familiale et inoffensive. Ou comment sous-estimer l’intelligence de nos enfants…

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