Critique : Bobby

Ilan Ferry | 9 septembre 2006
Ilan Ferry | 9 septembre 2006

On était resté sans nouvelles d'Emilio Estevez acteur depuis son apparition dans le Mission : Impossible de De Palma en 1996. Depuis, il fallait se tourner vers la vidéo pour l'apercevoir dans des navets alimentaires. Le monsieur ayant préféré laisser son père Martin Sheen et son frère Charlie sous les feux des projecteurs, il s'est naturellement tourné vers la mise en scène qu'il avait déjà expérimentée en 1986 avec Wisdom et en 1990 avec Men at work. Classé X (2000) radiographiait déjà une époque à travers deux de ses icônes les plus emblématiques, l'ascension des frères Mitchell faisant écho à la libération des mœurs via le cinéma. S'ensuit alors une longue traversée télévisuelle où le réalisateur dirige des séries aussi diverses que Cold Case ou encore Les Experts: Manhattan. Retour dans la cour des grands avec Bobby film choral suivant les destinées des résidents de l'hôtel Ambassador quelques heures avant l'assassinat du sénateur Robert F. Kennedy le 6 juin 1968. Un sujet fort que le réalisateur traite avec pudeur, mêlant habilement petite et grande Histoire.

Porté par un casting hallucinant auquel il s'est joint pour l'occasion, Emilio Estevez convoque vétérans (Anthony Hopkins, Martin Sheen, Harry Belafonte), anciennes gloires (Christian Slater, Sharon Stone, Demi Moore) et jeunes loups (Joshua Jackson, Shia LaBeouf, Lindsay Lohan, Elijah Wood), soit au total une grande partie du gratin hollywoodien passé, présent et à venir pour une œuvre au doux air de commémoration à mi chemin entre Les années coup de cœur et Short Cuts. De William H. Macy, impeccable, en directeur d'hôtel à un Laurence Fishburne, royal en cuistot philosophe chaque comédien confère à son personnage une authenticité rare, prouvant si besoin est que Bobby est avant tout un film d'acteurs. Il est toutefois difficile de se focaliser sur une mini histoire du film tant ce dernier se distingue par son aspect disparate. Ainsi, à travers les multiples personnages qu'il suit à l'aide de sa caméra passe partout (le plan séquence d'ouverture est, à ce titre, d'une fluidité exemplaire), Estevez capte les tourments et les espoirs d'un peuple non conscient d'assister à un tournant de leur Histoire. C'est cette instantanéité qui fait la grande force de Bobby où les micro événements s'imbriquent doucement mais sûrement jusqu'à se cristalliser lors de cette nuit fatidique du 6 juin 1968.

Avec un sens du cadrage et du montage à la minutie quasi documentaire (précisons que le Cut qui nous a été montré n'est pas définitif) le film suit une journée ordinaire dans la vie d'américains aussi divers que représentatifs et au dessus desquels plane l'ombre encore menaçante de la guerre du Vietnam ainsi que le deuil des grands hommes qui les ont inspirés. Habilement entrecoupées d'images d'archives, le long métrage d'Emilio Estevez sublime le genre en lui insufflant une dimension historique et surtout humaine inattendue. Terriblement sincère dans sa démarche visant à démontrer que l'Histoire se construit à travers ses plus petits protagonistes, Bobby touche dans sa peinture d'une Amérique en perpétuelle quête de changement (Robert Kennedy) et sur laquelle plane une épée de Damoclès mortelle amenée à la traumatiser pendant des décennies.


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(3.5)

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