Critique : Anthony Zimmer

Damien Vinjgaard | 21 mars 2005
Damien Vinjgaard | 21 mars 2005

Lancé dans une course au blockbuster made in France, l'industrie cinématographique hexagonale essaye depuis quelques années de trouver les traces du succès public autrement que par le genre roi en nos terres qu'est la comédie. Si Luc Besson semble pour l'instant être le seul à en connaître le chemin, beaucoup se lancent sur les chaussées avec des cartes routières usagées. Ainsi pour son premier film, Jérôme Salle réunit Yvan Attal, Sophie Marceau et Sami Frey autour de l'itinéraire le plus emprunté jusqu'à présent : le suspense hitchcockien. Un mystérieux criminel traqué par un policier incisif ; la rencontre entre une femme fatale aux jambes longues et un quidam trapu ; le tout débouche sur un quiproquos ferroviaire et une poursuite par des étrangers à la gâchette facile ; c'est du Alfred tout craché.

Bien qu'alléchante, l'entreprise pêche par la naïveté de sa référence et le manque évident de présence derrière la caméra. Il était évidemment illusoire de penser trouver le secret d'un cinéma moderne et attrayant en puisant simplement dans le vieux pot du classicisme. Si les histoires d'Alfred Hitchcock et sa mise en scène sont toujours palpitantes à regarder, tenter de les refaire à l'identique ne présente aucun intérêt puisque c'est avant tout la personnalité même du réalisateur qui suscitait l'intérêt du film. L'histoire limpide et lisse offrait donc plutôt un terrain de jeu à la seule condition que le réalisateur soit aventureux. Mais là où Quentin Tarantino prend ses références et en fait des tableaux personnels qui redimensionnent le paysage cinématographique, Jérôme Salle n'effectue qu'un simple labeur de copiste. Sans démériter puisqu'il sait visiblement filmer des hommes qui courent, qui tirent et qui réfléchissent intensément au pourquoi du comment, il ne s'impose pas au cinéma hitchcockien qu'il introduit dans le récit. En tout cas pas comme l'avait fait Chabrol auparavant. Au lieu de cela, il filme une Riviera sans intérêt et n'en ressort aucune gestion captivante de l'espace ou de l'environnement. Pas une scène qui condense le propos, pas une poursuite qui marque par son action les enjeux. On aurait par exemple aimé voir Yvan Attal attendant au coin d'un champ être pris en chasse par un T.E.R., le voir se battre en haut d'une Dune du Pilat sur laquelle seraient représentés les grands chefs d'État français. Bref, n'importe quoi sortant le film de son étiquette : « produit sans aspérité et calibré pour la télévision ».

En guise de conclusion, évoquons l'aspect who dunnit du film. Sans trahir l'identité de l'énigmatique personnage que le réalisateur nous intime de préserver, un mot toutefois pour résumer cet autre problème que charrie le long-métrage. Là où Usual Suspects présentait une brochette conséquente de coupables potentiels, l'histoire d'Anthony Zimmer n'en présente que trois (les acteurs précédemment cités). Et comme le réalisateur ne veut pas déroger à la sacro-sainte règle qui veut que le coupable ait été présenté dans le récit, cela offre peu de possibilités Pour peu que l'on ne soit pas encore sorti, on aura donc vite trouvé l'identité du criminel.

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