Swallow : critique gorge profonde

Geoffrey Crété | 14 janvier 2020
Geoffrey Crété | 14 janvier 2020

Haley Bennett est une femme au foyer presque comme les autres dans Swallow, premier long-métrage de Carlo Mirabella-Davis. Entre horreur intime aux accents cronenbergiens et drame violent sur l'aliénation à la Safe de Todd Haynes, c'est une curieuse et étrange petite surprise, en salles dès le 15 janvier.

SAFE HOUSE

Impossible de ne pas penser au mémorable Safe de Todd Haynes face à cette étrange et troublante histoire de femme au foyer qui vacille, et dont l'univers a priori parfait se fissure jusqu'à complètement tomber en morceaux. Dans le film de 1995, le mal était à l'extérieur pour Julianne Moore, peu à peu attaquée et rongée par l'air urbain et les produits façonnés par l'humain pour entretenir ce bonheur en boîte. Dans le film de Carlo Mirabella-Davis, il est insidieux, et logé dans l'intimité de l'héroïne, incarnée par Haley Bennett.

Maquillée, coiffée et entretenue comme une poupée, cette épouse d'un bellâtre de bonne famille mène une existence en apparence parfaite. Sa belle maison logée au cœur de la nature est remplie de grandes baies vitrées, et Hunter vit comme dans une bulle hors du temps, semblable à une housewive des années 50 qui ne s'anime que lorsque son mari est rentré. Mais tout bascule lorsqu'elle découvre être enceinte.

Ce qui devait parfaire sa vie de femme va au contraire entraîner un véritable cauchemar, lorsqu'elle éprouve l'irrépressible désir d'ingurgiter tout un tas d'objets incongrus, de plus en plus intolérables. Une bille, une punaise, une pile. L'étrangeté devient horreur à mesure qu'elle avale et teste les limites de son corps, dans un mystérieux exercice cathartique qui rappelle, de loin, Dans ma peau de Marina De Van. Pourquoi Hunter bascule-t-elle ? Pourquoi le film avance sur ce terrain ? C'est cette énigme qui happe et fascine. Avant que les réponses n'arrivent et brisent le sortilège de Swallow.

 

photo, Haley BennettFemme au bord de la crise de foi

 

LES ENTRAILLES DE LA MÈRE

Durant sa première partie, Swallow bénéficie de ce mystère extrême. Entre les scènes de plus en plus déstabilisantes et inconfortables où Hunter avale les éléments de sa maison de poupée grandeur réelle, et l'atmosphère étrange de ce beau décor, le réalisateur parvient à créer un vrai trouble. La direction artistique est soignée, et la mise en scène de Carlo Mirabella-Davis parvient à créer l'étrange dans tous les recoins, d'une baie vitrée qui prend d'étranges colorations à une chambre d'enfant qui n'a plus rien de rassurant.

Haley Bennett est le visage parfait de ce trouble. Vue dans Kaboom, Les 7 Mercenaires ou La Fille du train, elle trouve enfin un premier rôle puissant qui lui permet d'exister pleinement à l'écran. De la femme-enfant à la voix fluette, à des scènes plus intenses, elle parvient à rendre Hunter crédible et humaine, même dans ses moments les plus déshumanisés. Et porter sur ses épaules un film si étrange et noir est la preuve ultime de son talent.

Et face à elle, Elizabeth Marvel et Austin Stowell sont particulièrement bien, et doucement inquiétants malgré leurs airs de famille idéale.

 

photo, Haley BennettFenêtre sur coeur

 

PORTRAIT DE FEMME

Mais Swallow finit par dépasser et expliquer cette obsession de Hunter. Il y a une raison derrière tout ça, et le film quitte peu à peu les territoires étranges du début pour revenir dans le vrai monde, à mesure que l'héroïne redescend de son petit nuage et cette maison perchée pour retrouver le goudron et les rues ordinaires.

Il devient alors évident que Carlo Mirabella-Davis est moins intéressé par l'aspect angoissant de son histoire, qui flirte avec le film de genre, que par le portrait féminin qui se révèle. Swallow semble alors se scinder en deux parties, et ce changement en cours de route est presque plus perturbant que le désir de Hunter d'avaler le contenu des tiroirs de sa cuisine.

 

photo, Haley BennettOver the rainbow : la vérité

 

La justification psychologique n'est pas inintéressante. Au contraire, elle est même inattendue, et aborde un sujet pourtant difficile avec intelligence. Mais ce que le film gagne en précision thématique, il le perd en mystère et force cinématographique. Nul doute que cette redirection très claire a motivé Haley Bennett à signer, et s'engager en tant que productrice exécutive. Hunter est un très beau personnage, le véritable moteur de l'histoire et non le faire-valoir d'un exercice de style. Et l'actrice porte avec talent la dernière ligne droite, dans des scènes émotionnellement fortes et complexes.

Mais en quittant trop vite le terrain du quasi-film de genre, qui n'était qu'un prétexte, Swallow prend le risque de frustrer, paraître trop limpide, et laisser le spectateur sur sa faim.

 

Affiche

Résumé

Swallow impressionne d'abord par son ambiance étrange, une poignée de scènes déstabilisantes, et une Haley Bennett fantastique. Mais si le portrait de femme est fin et maîtrisé, il pousse le film dans une direction inattendue, plus terre-à-terre, et loin des beaux troubles du début.

commentaires

Geoffrey Crété - Rédaction
16/01/2020 à 13:53

@Madolic

J'attends ce jour avec grande curiosité, clairement ;)

Madolic
15/01/2020 à 10:28

"critique gorge profonde"
Un jour je demanderai à Geoffrey de m'épouser ahahah

sylvinception
14/01/2020 à 18:01

"et laisser le spectateur sur sa faim."

Ah ah ah excellent!! (pardon...)

MystereK
14/01/2020 à 16:13

Pour ma part, j'ai ADORE ce film ! Je l'ai vu dans un festival, la salle a super bien réagit et la seconde séance était pleine à cause du très bon bouche à oreille. L'actrive est fabuleuse et s'il est vrai que le film ne termine pas dans les eaux troubles, la vie de cette femme prend quand même aux tripes.

The BIg Keynote
14/01/2020 à 13:38

oh mais mince alors! il ya tromperie sur la marchandise,
quand j'entends parler de ""Swallow "et de"" Gorge profonde je pense surtout au film "bisseux "culte de 1972... intitulé "Gorges profondes" de Gerard Damiano avec Linda Lovelace , film interdit aux moins de 18 ans of course, !

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