La Famille Addams : critique qui aime la chose

Simon Riaux | 2 décembre 2019
Simon Riaux | 2 décembre 2019

Depuis plus de 80 ans, les mésaventures funèbres de La Famille Addams traversent la culture populaire. Si on n’attendait pas forcément grand-chose de cette nouvelle version réalisée par Greg Tiernan et Conrad Vernon, voilà une relecture qui opère un retour bienvenu vers l’esprit et le message des origines.

ADDAMS OF THE DEAD

Commençons par ce qui fâche et amputons tout de suite le patient de la mauvaise tumeur glaireuse qui le gangrène. La Famille Addams est moche. Mais genre bien moche. À la manière des morts-vivants et autres créatures putrides qui peuplent son manoir en ruine, le film ne parvient jamais à dissimuler la modestie de ses moyens.

Les textures sont souvent pauvres, et le spectateur averti remarquera souvent combien les arrière-plans sont pauvres, tandis que certaines textures (fourrures, cheveux, poils et toutes matières « complexes ») témoignent autant des bonds récents effectués en la matière que des drastiques limitations du projet. Plus handicapante, l’animation manque de fluidité et de peps, sabotant ici et là des séquences entières.

 

photoUne amitié inattendue et bienvenue

 

En effet, dès lors qu’une scène s’appuie sur une action physique, sur de grands mouvements, tout s’écroule, l’animation ne parvenant jamais à trouver le bon tempo pour assurer le spectacle ou tout simplement soutenir les effets comiques. À ce titre, le climax du film est un échec cinglant, tant il s’efforce de générer des morceaux de bravoure qu’il n’a pas les moyens de mettre en image, jusqu’à une résolution beaucoup trop mécanique.

 

CERTAINS L'AIMENT CHOSE

La Famille Addams est-elle pour autant un ratage ? Non, grâce à un amour fervent de son matériau d’origine. Quand Charles Addams invente sa drôle de famille en 1938, c’est pour en narrer la fausse bizarrerie dans les pages du New Yorker, à coups de brefs et percutants comics strip. Alors que les tensions internationales et l’intolérance montent dans les tours partout dans le monde occidental, il s’amuse à décrire un clan auquel il donne son patronyme, dont les valeurs sont en apparence opposées en tout à l’Amérique puritaine…

 

photoUne famille pleine de l'amour

 

En apparence seulement, car les glauquissimes Addams s’avèrent une tribu totalement conformiste, inquiète de la santé, des résultats scolaires et de la morale de ses membres. Seul le vernis diffère. Le film qui sort ces prochains jours renoue avec cet art du décalage, qui va de pair avec un amour immodéré du monstrueux et d’une esthétique ténébreuse. Greg Tiernan et Conrad Vernon vont jusqu’à reprendre presque tels quels le design des principaux personnages, ce qui ravira les spectateurs nostalgiques et connaisseurs des glorieux Universal Monsters.

En affirmant que La Famille Addams n’est pas une famille de monstres, le métrage pose la question suivante : qui sont donc les véritables monstres du coup ? La réponse nous est donnée sous la forme d’une Valérie Damidot machiavélique, bien décidée à détruire le vilain manoir pourrissant de nos protagonistes. La Famille Addams se garde néanmoins de pointer du doigt son public, ou de générer une forme de hiérarchie culturelle, préférant se poser la question de l’authenticité, et générer une ultime interrogation : si nos vies sont phagocytées par la fausseté, qui en est responsable ? On a connu des films d’animation fauchés moins stimulants.

 

affiche française

Résumé

Souffrant d'une technique anachronique et d'une animation qui dessert souvent le tempo comique, La Famille Addams est sauvé par son sincère amour des monstres de cinéma et des comic strips originaux de Charles Addams.

commentaires

Laule
02/12/2019 à 16:47

Kev Adams fait encore vendre en 2019 ?

FDR
02/12/2019 à 16:35

D’un côté Oscar Isaac en VO et de l’autre Kev Adams en VF...

D’ailleurs quel mauvais doubleur ce Kev Adams. Sans savoir que c'était lui dans le Monde de Dory, je trouvais la baleine à bosse tellement mal doublé.

Numberz
02/12/2019 à 15:02

@poulet

Oui, apparemment.

LégerPoulet
02/12/2019 à 15:01

"Kev Adams est Gomez Addams". Alors, on en est là...

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