Le Daim : critique bien coupée

Simon Riaux | 18 juin 2019
Simon Riaux | 18 juin 2019

Il y a quelques mois à peine, Quentin Dupieux nous traînait Au poste ! pour notre plus grand bonheur. À peine remis de nos émotions, nous nous retrouvons dans Le Daim, nouvelle fantaisie acide du réalisateur, dans laquelle il a embarqué Jean Dujardin et Adèle Haenel.

UN STYLE DE MALADE

Ceux qui avaient découvert l’artiste avec le délirant Rubber risquent fort de retrouver leurs petits avec le dernier né de Quentin Dupieux. Non pas qu’il fasse dans la redite, mais son portrait d’un homme obsédé par son précieux manteau fait évidemment écho aux thématiques de sa chronique surréaliste de l’errance d’un pneu assassin. L’absence, le manque et la tentative de les combler ont souvent été au cœur des récits du cinéaste.

Un chien disparaissait dans Wrong et un réalisateur sombrait dans la folie en s’évertuant à trouver le cri parfait qui lui permettrait de réaliser un film de science-fiction dans Réalité. On retrouve dans Le Daim des questionnements existentiels voisins, une quête sur le fil du rasoir (qui n’est pas sans évoquer l’enquête psychorigide de Benoît Poelvoorde dans son précédent opus), qui s’incarne jusqu’à la folie dans un objet désuet, en apparence anodine, voire ridicule.

Cette focale, qui s'opère ici autour d'un manteau poussant à une quête d'absolu, synonyme de massacre, permet au filmeur de condenser l'humour à froid et la fébrilité cauchemardesque qui marbrent ses récits.

 

Photo Jean Dujardin, Adèle HaenelBienvenue en Absurdie

 

Cette équation bizarroïde, le metteur en scène la maîtrise à la perfection, et prouve une nouvelle fois combien il est passé maître dans l’art de prendre le spectateur par la main pour mieux le perdre, ainsi que ses comédiens.

On comprend aisément comment Jean Dujardin et Adèle Haenel ont pu accepter de le suivre dans cette exploration fiévreuse d’un déraillement inarrêtable. Il suffit d’entendre le premier psalmodier « style de malade » pour saisir avec quel vertige gourmand il s’empare des mots de Dupieux et les fait siens. Le duo s'impose comme un des plus jubilatoires vu dans ce curieux univers, dont les échanges devraient rester aussi plaisamment mordants que la confrontation ahurie entre Alain Chabat et Jonathan Lambert.

 

Photo Jean DujardinUn homme "daimgue"

 

ET UN STYLE MALADE

Les amateurs de son univers y retrouveront instantanément leurs marques, ainsi que la fascinante recette d’inquiétante étrangeté que l’artiste distille toujours aussi plaisamment. Et si on aime également l’urgence que distille le montage, la fièvre impérative qui semble présider à chacun de ses projets, Le Daim souffre malheureusement par endroit de sa très rapide conception.

Ses mouvements erratiques évoquant plus la convulsion d'une anatomie exsangue plutôt que les grands élans expérimentaux qui mouvaient ses précédentes créations.

 

Photo Jean Dujardin, Adèle Haenel Jean Dujardin et Adèle Haenel

 

Le métrage donne souvent l’impression que son auteur arrive à la fin d’un cycle, préférant collectionner ici les figures de style qui ont fait sa marque, les réordonner selon un tempo vaguement renouvelé, plutôt que de repenser son système. Et si on rit devant les sacrifices de manteaux, ils font trop directement écho aux grandes migrations de pneus à l’issue de Rubber.

Et on a beau sentir que ce sont bien la passion et le plaisir qui motivent le réalisateur, sa rapidité d’exécution paraît ici le condamner à ne pas gratter au-delà de la surface de cet infra-monde passionnant. Pour la première fois, la photo cotonneuse du réalisateur nous met à distance, symbolisant peut-être mieux le flou qui officie ici et enlève un peu de vie, un peu du bouillonnement organique que nous espérions retrouver.

De Réalité à Wrong, nous avons apprécié les conclusions abruptes de ses balades sauvages, mais celle qui clôt l’implosion mentale du porteur du Daim a plutôt des airs de pirouette vouée à battre en retraite. Cette parure s’avère finalement mineure, elle témoigne plus des aléas d’une créativité débridée que de l’assèchement de celle-ci. Ainsi, il nous tarde déjà de découvrir Mandibules du sieur Dupieux, et sa mouche géante.

 

Affiche

Résumé

On retrouve dans Le Daim l'humour étrange et presque menaçant de Quentin Dupieux, ainsi qu'une large collection des dingueries les plus marquantes de ses précédents opus. Malheureusement, la précipitation se fait sentir et condamne cette parure à jouer les best-of bordéliques plus que les oeuvres sommes.

commentaires

Nebola
20/06/2019 à 08:40

J'ai largement préféré "Le Daim" à "Au Poste" que je trouvais un peu limité au final.
Ok, il peut faire pâle figure comparé à Rubber, Wrong Cops et Réalité qui sont des merveilles de l'absurde mais Dupieux à le mérite de faire son cinéma et de perpétuer un type dirrévérence à la Blier. Et cette bouffée d'oxygène fait du bien.
Dujardin et Haenel vraiment excellent avec "un style de malade".

JFH
19/06/2019 à 14:54

J’ai toutefois apprécié l’interprétation de Jean et de Adèle

JFH
19/06/2019 à 14:50

Mon sens de l’humour a dû s’évaporer et mon rire se tarir, deux ou trois réparties hilarantes, Paris me semblait loin de la Croisette . Et bien des tentatives de rires dans la salle comble me semblait être des ricanements ( mais peut-être que là j’interprète) Dommage j’aurais plus aller voir un film qui m’intéresse

Simon Riaux - Rédaction
19/06/2019 à 14:28

@Ichabod

Pourquoi le trouvez-vous prétentieux ?

On aime ou on aime pas ce qu'il fait, mais c'est quand même un modèle d'humilité et de démerde. le type fait quasiment tout sur ses projets, de l'écriture, à la prod, à la prise de vue, au montage, jusqu'au son. Et à commencer littéralement sans la moindre thune.

On fait difficilement plus humble comme démarche.

Alain
18/06/2019 à 21:07

Moins dedans que ses derniers opus, une impression fugace de déjà-vu

Ichabod
18/06/2019 à 20:38

Le problème de ce gars, outre l’apparente prétention, c’est de faire des films basés sur des high concept. Sympa vingt minutes, et ensuite t’en as marre.
À noter quand même, la réplique de Dujardin, « Vous voyez bien que c’est pas un vêtement banal », me fait bien marrer.

Marc
18/06/2019 à 20:26

Quand le cinéma Français se tire une balle dans le pied ! Avec des scénario pareil !!!!!!!

Opale
18/06/2019 à 15:08

Pareil que toi Poulet à une nuance prés: je n'ai jamais regardé un de ses films parce que son cinéma ne m'intéresse pas...

Poulet
18/06/2019 à 12:03

Je n'ai jamais regardé un seul de ses films. Ils ont l'air tellement bien que j'ai peur d'être déçu.

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