Mektoub My Love : Intermezzo - critique My Teub My Love

Simon Riaux | 24 mai 2019 - MAJ : 12/09/2019 14:57
Simon Riaux | 24 mai 2019 - MAJ : 12/09/2019 14:57

Avec Mektoub My LoveAbdellatif Kechiche a donné au cinéma  français une leçon de lumière et de simplicité exemplaire. D'aucuns auront (à raison) pointé du doigt le néant narratif et le regard ambigu présidant à cette oeuvre singulière, mais personne ne nia ses accomplissements plastiques et dramaturgiques. Qu'en est-il de Mektoub My Love : Intermezzo, présenté à Cannes en sélection officielle, et reçu très durement par le public et la critique ?

BAROUD DE LOVE

Dès son ouverture, au cours de laquelle une demi-douzaine de postérieurs vont longuement s’abreuver en mer, Mektoub dévoile que l’équation élégiaque qui servait de principe actif au précédent chapitre n’a plus lieu d’être. Dialogues amers, drague mécanique, sous-entendus lourds de sens… les élans sensuels de Canto Uno ne seront plus de la partie. A condition de passer outre un découpage absurde, une balance des blancs hasardeuses, rendant certains plans quasiment irregardables, et un bruit numérique digne d’un caméscope des années 90, à condition de s’extraire de cette déchéance technique, l’ouverture contient une idée intéressante.

L’été touche à sa fin, et les sublimes élans d’amour et de désir capturés précédemment ont été remplacés par la volonté de les reproduire, de les étirer, pour ne pas voir la parenthèse estivale s’achever. Une idée qui retourne donc totalement l’équation de Canto Uno, dont on attend de voir comment elle va se conjuguer avec le regard d’Amin, héros du dispositif, et prétexte employé par Kechiche pour laisser libre à cour à son voyeurisme.

 

PhotoUne scène coupée par le réalisateur à quelques heures de la projection

 

Mais Amin n’interviendra dans ce récit étalé sur moins de 24 heures qu’après une bonne heure de documentaire sur les étales de Rungis. Dès lors, puisque le désir vaguement contrarié du protagoniste ne fonde plus le découpage, pourquoi donc la caméra se focalise-t-elle uniquement sur les cuisses, ventres, seins, langues, tétons et lèvres des comédiennes, invariablement renvoyées à leur nature de viande impure (par les dialogues, par le scénario) ? Le film ne représente plus la naissance d'un désir, pas plus qu'il n'appelle à la jouissance (personne ne jouit dans le film ni même ne s'y essaie). Seule comptera l'interminable chronique de pourquoi les gros boules en sueur de femmes alcoolisées, c'est vachemement cool. 

 

LA GRAINE ET LE NAVET

Que signifie donc cette “expérience des limites”, qui conçoit son terrain d’expérimentation comme une contemplation sans cesse recommencée de bassins en sueurs, tripotés de temps à autres par quelques mâles en rut ? Rien. Et c’est là qu’un sentiment de désolation s’abat sur le spectateur. Kechiche assume ici de transformer son casting en une matière première déshumanisée, une surface de projection fantasmatique tout juste bonne à remuer et gémir, pas même à recevoir une pluie de gamètes tièdes.

Et pourquoi pas. On pourrait considérer la chose radicale si elle prenait racine dans un mouvement de cinéma, dans une volonté esthétique. Mais  Intermezzo fait figure de renoncement mâtiné de doigt d’honneur. Oublions les raccords, l’art de Kechiche s’en est toujours affranchi, souvent avec bonheur. Mais pourquoi donc la photo s’avère-t-elle indigne de la captation d’une partouze de lamantins daltoniens ? A quoi rime ce découpage qui se consacre aux meules et aux boules et esquive sciemment l’unique pénis présent ? Que nous raconte ce mixage imbitable ?

 

photoDu soleil et un navet

 

Extraire d’un pseudo-naturalisme une poétique de l’essoufflement, voilà ce qu’accomplissait Mektoub My Love, mais au prix d’un art de l’équilibre passionnant. On est bien en peine ici de trouver quoi que ce soit qui relève d’une intention, d’une direction, d’une pensée, d’un projet de mise en scène. Dans ces conditions, cette installation vidéo, plus proche des incursions en abattoirs que d’un long-métrage, se révèle un pur cauchemar en termes de visionnage, une plongée dispensable dans le cerveau poisseux d'un de ces vieux monsieur sales, attendant en boite de nuit les derniers morceaux diffusées pour se frotter contre quelques gamines mineurement majeures.

 

TIRER LA  CHASSE

Dénué de proposition plastique, porté seulement par une ambition masturbatoire, expliquant posément que l’homme jouit de la femme indécente, mais se doit de lui préférer une incarnation plus sage, plus “pure” (c’est tout le parcours d’Amin), Intermezzo devient progressivement odieux. L'homme derrière la  caméra en va jusqu'à oublier la conscience politique, éminemment bourrine mais toujours juste, qui nourrit son cinéma, achevant de stériliser ce qu'il déverse à l'écran.

 

photoUn film qui tient  la barre

 

L’aspect vomitif de l’ensemble explose lors de la scène de sexe déjà abondamment commentée, un cunnilingus de 13 minutes non simulé, improbable hommage à Larry Clark et au Cirque du Soleil. Rien n’y a de sens. Cradingue et privée de toute forme de crédibilité ou réalisme, la scène condense complaisamment tous les problèmes soulevés précédemment. Le spectateur assiste ainsi à une performance dénuée d’enjeux (rien ne justifie le désir des deux protagonistes, la  scénographie ou cette interminable cuisine d'escalope claquée), dont le seul discours semble axé sur le corps  d’Ophélie Bau, seul personnage à pouvoir dominer sa sexualité parce qu’elle en use “comme un homme”.

Au final, Intermezzo ne parvient même pas à s’imposer comme le scandale qu’il fantasme. Sa médiocrité abyssale le prive de toute capacité à choquer, de toute connexion réelle avec le public. Son horreur tient enfin dans le snobisme auquel il invite, suppliant le spectateur d’injecter dans ce matériau nul un sens quelconque. 

 

photo  Ophélie Bau

Résumé

Aussi indigent narrativement que techniquement, le film voudrait faire passer son systématisme pour une exploration, ses marrotes pour des vertiges dignes d'un syndrome de Stendhal. Mais non, il ne s'agit jamais que d'un vieux monsieur se touillant mollement la nouille en boîte.

commentaires

cloe
05/07/2019 à 10:09

bonjour, stupéfait de constater que l'on laisse cet homme abuser a outrance de son pouvoir et d'avoir un énorme pouvoir de persuasion sur les acteurs et actrices, manipulation car, fatigue, alcool à outrance, forcing ce n'est ni plus ni moins que du harcèlement et abus de pouvoir, je suis triste pour Ophélie car elle ne méritait pas d’être dirigé de la sorte, qui pourrait s'en sortit indemne quand on vous dirige des heures et des heures, que l'on vous fait boire etc!!j’espère que cette artiste se rendra compte de toutes la manipulation exercée et qu'elle rejoindra une association pur dénoncer toutes ces pressions, mince, on n'est pas tous des pervers et perverses à outrance, c'est bizarre de présenter ce genre de film à cannes, quand même!

Simon Riaux - Rédaction
04/06/2019 à 18:17

@cendu
Rappelons quand même quelques évidences.

Ce ne sont pas les sous du ministère de la culture qui financent les films.
Dire que c'est l'état ou le ministère qui décide de ce qu'est la culture, c'est absurde, et totalement déconnecté des faits. Oui, il y a un soutien, et oui, on retrouve des habitués. Est-ce problématique ? Potentiellement, mais on est très, très loin d'un système tournant en vase clos.
Les financements du CNC, qui sont sacrément discutables, y a pas de doute, ne privilégient pas spécifiquement un cinéma. Le cinéma grand public en bénéficie très largement, ainsi que l'animation. Ce secteur ne serait d'ailleurs sans doute pas florissant ni dynamique sans l'impulsion du CNC.
Du reste, avant de taper sur le CNC (très critiquable sur bien des points, encore une fois) il faut regarder un peu son action et jeter un oeil au modèle économique du cinéma. Le cycle de rentabilité d'un film est en moyenne de 6 ans. Sans impulsion publique, le cinéma français aurait tout simplement cessé d'exister. Et vu les sommes investies, il s'agit bien d'impulsion et non de financement. Personne ne peut réaliser de film sur la base de subsides publiques, elles sont bien insuffisantes.
En termes de bénéfices, le secteur culturel en France représente 8 fois le secteur automobile. Donc oui, de l'argent (de taxes, de répartition de recettes, quelques subventions) vont dans la création. Leurs retombées économiques étant extrêmement positives, il s'agit au sens strict d'un excellent investissement.

Ah et le film de Kechiche n'a pas reçu de prix, ni n'a été soutenu par la presse. Du coup, le "idéologiquement correct"...

cendu
04/06/2019 à 17:27

J'ai lu quelques critiques et commentaires, puis j'ai visionné la conférence de presse, et le tout (surtout l'extrême pauvreté intellectuelle du pauvre Abdellatif Kechiche) m'a décidé de ne pas aller voir ce "film". Si on veut du porno, il y en a plein qui n'ont pas la prétention d'être des œuvres cinématographiques.
Tout ceci n'est pas à l'honneur du Festival de Cannes. Mais on sait depuis longtemps qu'il faut éviter les films qui reçoivent ses Oscars.
Et ça me fait hurler de savoir que tout ceci est produit avec mon argent distribué de façon idéologique par le ministère de la soit-disant culture (il n'y a que les états totalitaires qui décrètent ce qu'est la culture) et qui n'est en fait qu'une agence idéologique.
N'importe quel navet, même débile, dégradant et destructeur, est subventionné et primé pourvu qu'il soit dans idéologiquement correct.

Lilie
30/05/2019 à 12:58

Vu ce que j'en lis, Nymph()maniac de LVT, cela paraissait un chef-d'oeuvre...

Poète de la nuit
28/05/2019 à 20:28

Salut Simon, salut à tous,
J'ai vu Mektoub My Love: Intermezzo le vendredi 24 mai à 8h30.
J'avais une invitation pour la veille à 22h et l'ai échangé car j'étais épuisé pour avoir enchainé les projections. Il fallait que je dorme...
Le film m'a achevé. Littéralement.
Je me revois sortir du palais, hébété, sous mes lunettes noires, éviter une caméra en quête d'interview, fendre la foule agglutinée aux abords du bunker des festivals.
J'evitais de croiser les regards des passants de peur qu'ils ne me prennent pour un zombie échappé du film de Jarmush.
J'accélérai le pas, direction mon appartement!
Paradoxalement, à bout de force, ma démarche était vivante.
Et je suis terrifié par tes commentaires sans nuances!
J'ai aimé le film!
Il m'a certes assommé mais je suis heureux de l'avoir vu!
Je te trouve beaucoup trop véhément, notamment, sur le manque de substance et les dialogues.
Nous sommes en boîte de nuit.
Et que ce passe t'il en boîte de nuit?
On boit, on danse, on discute avec en fond sonore la musique assourdissante.
Et à l'occas on se fait baiser dans les toilettes du Club.( Ça ne m'est jamais arrivé, je ne suis pas un garçon facile!)
Oui, le film raconte une histoire!
Les dialogues sont superficiels. On est d'accord!
Mais ce sont des personnages qui s'expriment. Ce sont leurs mots.
Qu'aurait t'il fallut pour te convaincre?
Qu'ils discutent sur l'influence qu'à eu Nietzsche sur la société moderne?
L'image naturaliste, quasi documentaire, correspond parfaitement au jeu des acteurs, qui sont d'un naturel désarmant et aux dialogues!
L'idée qui a toujours traversé le cinéma de Kechiche est de se rapprocher du réel pour mieux le dépasser!
La durée ne déroge pas à cette règle!
Ce n'est pas un plan séquence mais il l'a voulu comme filmé en temps réel!
Le temps et le réel sont étroitement liés dans son cinéma, comme le ciel et le paradis!
Nous sommes dans une tranche de vie, une transcendance, un dépassement de soi, une proposition expérimentale!
Oui, la psychologie des personnages n'est pas fouillée pour ce deuxième volet.
Mais ce n'était pas le but!
D'autant plus qu'on connait la majorité des personnages.
Et sans avoir vu Canto uno, on rentre facilement dans l'histoire.
Qu'aurait t'il fallut?
Du romantisme échevelé?
Non!
Car ce qui pose problème pour bcp d'entre vous, c'est la sexualité, certe débridée, de cette jeunesse.
L'histoire est tel qu'elle est!
Comme le réalisateur l'a voulu!
Dans Canto uno, on a pu déceler la naissance d'un sentiment amoureux entre Amin et Charlotte dans la scène finale lorsqu'elle l'invite à dîner et qu'ils s'éloignent pour quitter la plage.
Dans Intermezzo, les personnages sont dans une autre énergie!
Comme dans la vie!
Ce sont des choses qui arrivent!
Ils n'aspirent qu'à profiter d'un moment.
Le contexte de la fin de l'été y est pour beaucoup!
Elles dansent d'ailleurs comme dans l'urgence. Comme s'il fallait danser avant que l'été ne se meurt!
Nous sommes clairement dans l'eloge du profit, l'eloge de l'hédonisme!
Une énergie qui ne plaît pas à la police des moeurs, mais c'est comme ça!
Kechiche ne fait que retranscrire une certaine réalité!
La réalité d'une certaine jeunesse.
Oui, dans Mektoub My Love: Intermezzo, les filles sont dévergondées.
Et dans la vraie vie, ne trouve t'on pas de filles dévergondées?
Dire que c'est filmé comme dans un abattoir de Rungis... mais pour être beaucoup sorti, je peux te dire que c'est une situation à laquelle j'ai assisté!
Mais en aucun cas il ne prétends que toutes les femmes sont des salopes qui ne demande qu'à être baisé!
Cette jeunesse ne se posent pas de questions, d'ailleurs. Elle se contente de vivre!
Tout simplement!
Ce film et les nombreux commentaires de haine qui l'accompagne montrent bien qu'aujourd'hui on ne peut plus rien montrer!
Mon éducation cinématographique m'a amené à explorer des films que bcp trouverons politiquement incorrects.
Mais ces films m'ont ouvert l'esprit et interrogé sur le monde!
L'art est aussi fait pour être subversif, non?
Il n'a pas seulement vocation à divertir!
Parce que c'est l'idée même de la liberté dont il est question dans ma prise de position!
Là où je te rejoins, Simon, c'est sur la profusion, le déferlement de plans sur le culs des filles!
D'autant plus que ce n'est pas le regard subjectif d'un des personnages qui matterai lourdement ces culs, mais la caméra.
Donc, le réal.
En procédant ainsi, Kechiche sort de sa démarche réaliste et je hurle intérieurement, avachi dans mon siège!
Le procédé flirte avec l'idée que le film serait à vocation masturbatoire.
Sans vouloir rentrer dans une psychologie de comptoir, je pense qu'il s'est laissé aller et en à pas conscience.
Je parachève mon propos en vous conseillant de voir ce film.
Et attends de voir avec impatience Canto due, l'épilogue.
Le voir. Avec le coeur, comme toujours.

beckar
28/05/2019 à 17:20

ce sont ces films là ( cannet , boon etc..) qui permettent à kechiche et autres real de films d'auteurs de faire leurs films donc avnat de parler renseignez vous sur les rouages du financement du cinema français

dahlia_noir return
27/05/2019 à 17:46

A l'époque, j'avais plutôt apprécié mektoub canton uno, hois justement la scène de la discothèque, à mon avis déjà trop longue et un peu vulgaire.
Ici, pour mektoub intermezzo une scène de boite de nuit de près de 3 h si l'on croit le critique !!?? (critique dont je n'ai aucune raison de mettre en doute) hé be... Je suis triste de voir que le cinéma de kechiche commence à tourner à vide. On pouvait encore dire que les scènes de fesse de la vie d'adèle servaient à montrer la passion amoureuse des personnages, que les edulcorer aurait réduit la force du film, mais pourquoi une scène de sexe oral de près de 15 mn !? Par goût de la provocation ? Kechiche file un mauvais coton.

Raoul
27/05/2019 à 12:19

Déjà Mektoub 1 était difficilement regardable, toutes ces scènes à rallonge... il faut lui apprendre à couper parfois, ou alors à tourner avec du film, il ferait ptet plus gaffe au budget. Mektoub 1 m'a gonflé notamment dans la boite de nuit, des gens qui dansent dans la pénombre, c'est très compliqué à rendre intéressant pour le spectateur, il récidive maintenant dans Mektoub 2? Pas sûr que je gâche 3h30 à mater ça. Les scènes complètement gratos avec des jeunes actrices comme Ophélie Bau ou Adèle en son temps me débectent, ça saute aux yeux qu'elles ne devraient pas se laisser convaincre à tourner ça (pour un caché minable sans doute), Kéchiche profite d'elles. Qu'ils reviennent à ses films d'antant ou qu'il aille se faire soigner.

Bon là sinon, sur la démarche, je comprends qu'il a voulu (et le festival aussi) tenter une expérience de cinéma direct et présenter un cut en un minimum de temps (on sait quand ça a été tourné?), à l'évidence il s'est foiré. On verra le montage final mais j'ai quand même pas grand espoir.

Sinon pourquoi il n'a pas fait la suite de la Vie d'Adèle comme prévu?

Dirty Harry
26/05/2019 à 14:37

Tout le clergé progressiste se rue sur Delon alors qu'aucune plainte n'a été déposée contre Alain (ce serait même Alain Delon qui devrait porter plainte pour harcèlement !) et ce type, dont les actrices/teurs déposent plainte, a une bienveillance louche alors qu'il est clair qu'il se sert du pouvoir qu'il a sur les tournages pour assouvir ses vices.

hoho
25/05/2019 à 22:18

Le Lawrence d'Arabie du cul :)

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