L'Extraordinaire Voyage du fakir : critique Ikéa

Mise à jour : 31/05/2018 14:59 - Créé : 29 mai 2018 - Laurent Pécha

Monter en France un projet à l’ampleur internationale, à partir d’un best-seller ayant été traduit dans plus de 30 pays, voilà qui peut tourner très vite au cauchemar. Heureusement pour ce Fakir-là, une bonne étoile et des gens de talents étaient à son chevet.

Affiche
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MELTING POT ASSUMÉ

Quand on regarde de plus près le générique de L'Extraordinaire Voyage du fakir, on a l’impression d’être face à une auberge espagnole : un producteur français, un réalisateur canadien, une star indienne, des acteurs français, américain, somalien, anglais… et une histoire qui se déroule en langue anglaise de l’Inde à Paris en passant notamment par l’Angleterre et l’Italie. Le risque était grand que la greffe ne prenne pas du tout et aboutisse à une œuvre vite écœurante.

Mais une bonne fée s’est visiblement posée sur un projet qui a connu quelques faux départs (la réalisatrice Marjane Satrapi fut ainsi longtemps attachée au projet). Aller chercher Ken Scott, cinéaste en perte de vitesse depuis le phénoménal succès de Starbuck (qui a eu le droit à un remake US et français de sinistre mémoire) fut de toute évidence une brillante idée. Amenant humour et sens du rythme (le film dure moins de 90 minutes), le réalisateur canadien semble comme un poisson dans l’eau dans cet univers où un jeune indien s’envole vers Paris pour honorer la mémoire de sa défunte mère, y découvre l’amour naissant, mais se voit très vite contraint de voyager illégalement aux quatre coins de l’Europe.

 

Photo Dhanush, Bérénice BejoDhanush et Bérénice Bejo

 

DANS L’AIR DU TEMPS

Si le film a comme principale ambition de nous faire passer du bon temps, il n’en oublie pas pour autant de s’inscrire dans son époque. Par petites touches humoristiques mais quelques phrases lourdes de sens (provenant le plus souvent de Barkhad Abdi, l’acteur américano-somalien découvert dans Capitaine Phillips), cet Extraordinaire Voyage du Fakir nous rappelle à quel point la situation des réfugiés ou/et sans-papiers du monde entier peut être des plus abscons (désopilante séquence où les douaniers de pays différents marchandent leurs réfugiés).

 

Photo Erin Moriarty (II), Gérard Jugnot

Erin Moriarty et Gérard Jugnot

 

FRENCH FEEL GOOD MOVIE

Mais le propos reste ici de s’amuser avec une love-story invitant au voyage. Porté par Dhanush, star indienne qui sait littéralement tout faire, le film de Ken Scott, superbement photographié par Vincent Mathias (césarisé cette année pour Au revoir là-haut) et joliment mis en musique par Nicolas Errera, multiplie les séquences légères à une vitesse presque métronomique. Les traits d’humour sont fins et le spectacle visuel reste la priorité de tous, à l’image de deux séquences dansées et chantées particulièrement entraînantes, rappelant l’inspiration Bollywood du projet.

 

Photo Bérénice BejoEn mode Bollywood !

 

Cerise sur le gâteau, parmi les nombreux excellents seconds rôles, Bérénice Bejo joue une actrice diva au cœur meurtri avec un bonheur communicatif. Visiblement totalement épanouie dans cet univers coloré et positif, la comédienne démontre à nouveau qu’elle a une épatante palette de jeu qui trouve son apothéose dans une danse endiablée rappelant qu’elle n’a rien perdu de son expérience sur The Artist.

Proposition inédite dans l’univers de la comédie française, cherchant à atteindre une vraie universalité comme sait généralement le faire le cinéma anglo-saxon, parvenant à mettre l’argent sur l’écran (on ne le répètera jamais assez : le film a une sacrée facture technique), L'Extraordinaire Voyage du fakir pourrait presque passer pour une anomalie. Lui faire un vrai succès permettrait peut-être de voir naître des projets susceptibles de regarder la concurrence internationale droit dans les yeux. À bon entendeur !

 

Affiche

Résumé

Comédie française en mode international, L’extraordinaire voyage du fakir, à la fois réjouissant, rythmé et attachant, porte fièrement son titre. 

commentaires

ladyvanille 07/10/2018 à 05:15

j'ai adorée, belle histoire, que dire de la musique super, wow. Merci pour ce films de Nathalie C., de Montréal.

Amnorian 05/06/2018 à 22:40

Vu ce soir aidé par la critique de ce site. Et je n'ai pas été déçu, c'est vrai qu'il est vraiment très bien avec de très bon acteurs, à la limite c'est plus Berenice Bejo que j'ai moins aimé.

Rorov94 01/06/2018 à 08:49

Bon sang!ça faisait longtemps que j'avais pas lus une critique qui me donnait envie de voir un film!
Alors là,bravo!
J'y vais cet aprèm'!

Ericd 30/05/2018 à 23:17

Je viens de découvrir ce film qui a été pour moi un vrai plaisir. Belles musiques, très belles images pleines de couleurs et des acteurs plains de vie. C'est un très bon moment de cinéma rythmé et original. Je conseille fortement...

Pseudo1 30/05/2018 à 16:40

Vu les affiches dans le métro, la seule présence de Jugnot a suffi à m'en désintéresser et à ne pas creuser davantage, me donnant l'impression d'une énième purge type Aladin (version Kev Adams).
Du coup, merci pour cette critique qui ouvre les yeux et donne vraiment envie.

Geoffrey Crété - Rédaction 29/05/2018 à 22:39

@drocmerej

En VO, Bejo, Jugnot... parlent anglais. Avec accent ou pas, selon le personnage. Donc oui pour la VO, sans hésiter ;)

drocmerej 29/05/2018 à 22:09

@la rédac

C'est vrai que ça donne envie. Et il s'agit bien d'un film français !!! Justement je me posais la question de l'existence d'une version française. Elle existe bien. Je me demande comment ils s'en sont sortis :-/ Les personnages étrangers parlant aussi français ? Et dans la VO, Jugnot et Béjot sont-ils doublés en anglais ?
Pouvez-vous m'éclairer SVP ?
En tout état de cause je choisirai comme toujours la VO ;-)

drocmerej 29/05/2018 à 19:23

@cepheide
C'est pas un peu antithétique marvel et cinéphile ???
Bon ok j'avoue je me considère comme cinéphile (deux derniers films vus : Body double et le Port de la drogue...) et j'aime beaucoup Marvel. Mais les cinéphiles ont un abonnement de toute façon ;-)
Euh bon maintenant je vais lire la critique du film ci-dessus (mauvaise habitude de commencer par la fin).

cepheide 29/05/2018 à 18:35

esperons qu'entre 2 marvels, il reste un peu de sous aux cinephiles...

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