Mutafukaz : critique qui fait l'amour à ta maman

Simon Riaux | 27 janvier 2022
Simon Riaux | 27 janvier 2022

Mutafukaz, ce soir à 21h10 sur France 4.

Avec MutafukazGuillaume Renard avait offert à la bande-dessinée française une cure d'anarchie bouillonnante, un récit explosif entre comics, manga, éloge de la mutation frénétique et de l'amitié totale. Après huit ans de gestation, il nous en propose l'adaptation cinématographique, écrite par ses soins. Mais la transposition de ce monument furibard sur grand écran peut-elle sauvegarder toute la sève de cette création culte ?

MINDFUKAZ

Pour condenser son récit sur 90 minutes, Guillaume Renard a dû tronçonner Mutafukaz. Situation périlleuse, qui ne pouvait aboutir à une amputation propre qu'à la condition de confier la mise en scène à un spécialiste du médium, capable de protéger la vélocité de l'ensemble tout en dopant la narration et charpentant sa structure. C'est le vétéran Shôjirô Nishim, passé notamment par Amer béton, qui s'y colle, et qui s'acquitte de sa mission avec brio. Mutafukaz est, grâce au talent combiné de ses deux géniteurs, une tornade permanente, qui joue et déjoue tous les attendus stylistiques des genres auxquels il emprunte.

 

PhotoAvec les voix de la nouvelle paire Orelsan et Gringe

 

Jonglant avec le coeur d'Invasion Los Angeles, plongé dans un bain hip-hop aux accents latino, le film lorgne avec gourmandise du côté du Film Noir, galoche le polar Hongkongais et se vautre dans une langue dont les anglicismes n'altèrent jamais une gouaille so bloody frenchy. Le résultat est une mosaïque parfaitement imprévisible (pour qui ne connaît pas la bande dessinée), capable de défoncer le quatrième mur à coup de boule, sans jamais perdre le fil de son récit lancé en quatrième vitesse.

Pour bordélique et schizophrène que soit la chose, elle témoigne de manière si évidente de la générosité démente de son inventeur qu'elle pulvérise instantanément les éventuelles réticences générées par son hystérie consommée.

 

Photo"Assassin de la police"

 

Patchwork roboratif, Mutafukaz sait aussi jouer la carte de la simplicité lorsqu'il se penche sur la relation de Lino et Vinz, ses deux héros cabossés. Avec simplicité, le scénario les met à l'épreuve, rejoue des figures connues de la mise à l'épreuve de l'amitié, mais l'accomplit avec une candeur rafraîchissante. Pour incarner ces deux tronches, auquel le trait de Guillaume Renard confère inévitablement un prisme d'émotions limitées, le métrage a invité Orelsan et Gringe, choix incroyablement judicieux. Parce que tous deux sont plus saltimbanques que comédiens, leur interprétation n'est pas avare de failles et de fragilités, qui soulignent paradoxalement combien l'écriture du couple est d'une humanité évidente.

 

photoAmer béton

 

MUTALOVA

Bien sûr, Mutafukaz paie sa hargne créative par un rythme parfois éreintant, des ruptures de ton pas toujours évidentes et quelques fondus au noir un peu épais. Autant de scories franchement anodines, tant elles ne peuvent entamer la vigueur de l'ensemble. Dans cette histoire où on tue du flic à bout touchant, pour mieux regarder des Luchadors avinés sauver la galaxie à coups de cafards sentimentaux, c'est une véritable force punk qui meut et qui émeut.

 

photoUne belle brochette de Mutafukaz

 

Tant de richesse pourrait n'aboutir qu'à un catalogue sympathique de geekeries plus ou moins digérées, de références plus ou moins pertinentes. Mais plus qu'une liste de shopping pour post-adolescent encore ivre de sébum, Mutafukaz est une invention nécessaire, qui proclame haut et fort que les frontières culturelles n'existent que pour ceux qui les respectent, et que dans le chaos annoncé d'un monde toujours plus global, se dessine la possibilité d'une partouzerie graphique à même de réconcilier Goldorak, Akira, Frank Miller et Hergé. C'est sans doute ce qui fait de cette rêverie sanguinolente un songe merveilleusement poisseux, qui nous laisse groggy et affamés.

 

Affiche officielle

Résumé

Démente partouzerie graphique qui hybride John Carpenter, Akira, le hip-hop et le catch mexicain, Mutafukaz est un rail de créativité punk à consommer sans modération aucune.

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.

Lecteurs

(4.4)

Votre note ?

commentaires

28/01/2022 à 00:12

S͙a͙l͙u͙t͙! ͙J͙e͙ ͙m͙'͙a͙p͙p͙e͙l͙l͙e͙ ͙P͙a͙u͙l͙a͙ ͙e͙t͙ ͙j͙'͙a͙i͙ ͙2͙4͙ ͙a͙n͙s͙.͙ ͙J͙'͙a͙s͙p͙i͙r͙e͙ ͙à͙ ͙ê͙t͙r͙e͙ ͙u͙n͙ ͙m͙o͙d͙è͙l͙e͙ ͙s͙e͙x͙y͙ ͙e͙t͙ ͙j͙'͙a͙i͙m͙e͙ ͙l͙a͙ ͙p͙h͙o͙t͙o͙g͙r͙a͙p͙h͙i͙e͙ ͙d͙e͙ ͙n͙u͙.͙ ͙V͙e͙u͙i͙l͙l͙e͙z͙ ͙a͙p͙p͙r͙é͙c͙i͙e͙r͙ ͙m͙e͙s͙ ͙p͙h͙o͙t͙o͙s͙ ͙a͙u͙ ͙l͙i͙e͙n͙ ͙s͙u͙i͙v͙a͙n͙t͙ ͙-͙>͙>͙ ͙https://in.sv/privat69


24/05/2021 à 23:43

J'ai bien aimé, mais le film est bourré de défauts selon moi.

Le film se focalise avant tout sur la violence et l'action au détriment des personnages, de leur passé et du scénario.

En fin de compte, on passe du temps devant un film hollywoodien sans grande originalité alors que le concept permettait de faire bien mieux qu'attendu.

Il y avait de quoi faire, mais au final on a un film popcorn.

Vite vu, vite oublié.

Zarbiland
24/05/2021 à 19:34

Une vraie petite perle.
Qui aurait mérité un meilleur accompagnement à sa sortie. Une bonne chose la séance de rattrapage sur Netflix. Ca n'effacera pas l'échec commercial mais au moins beaucoup le verront.

alshamanaac
24/05/2021 à 16:20

Ha merci pour la mise à jour !
Je voulais le voir, et ce couillon de Netflix ne me prévient même pas de sa disponibilité ;-)

Simon Riaux - Rédaction
27/10/2019 à 13:40

@syroz

À deux ans près vous êtes pile-poil dans les temps.

rico
26/10/2019 à 16:46

je l'ai vu : super! à regarder avant de critiquer.

Stoverent
26/10/2019 à 14:30

Sublime. Vu il y a peu est c’est à ne pas rater. À ranger dans le même rayon que l’enorme Lastman

syroz
25/10/2019 à 21:26

Une colab franco-jap avec Shôjirô Nishim, toxic avenger pour l'ost mais comment je suis passé à coté de ça moi??
C'est trop tard pour le voir au ciné? :/

StarLord
14/06/2019 à 10:44

Je viens de le voir j’ai adoré! Merci pour cette découverte. Je vais me plonger rapidement dans la BD pour approfondir ce chef-d’œuvre

captp
12/06/2019 à 07:34

Pas trop client de ce genre d'anime vous m'avez donné envie de tenter l'aventure :)
belle critique.

Plus
votre commentaire