Mutafukaz : critique qui fait l'amour à ta maman

Créé : 21 mai 2018 - Simon Riaux

Avec Mutafukaz, Guillaume Renard avait offert à la bande-dessinée française une cure d'anarchie bouillonnante, un récit explosif entre comics, manga, éloge de la mutation frénétique et de l'amitié totale. Après huit ans de gestation, il nous en propose aujourd'hui l'adaptation cinématographique, écrite par ses soins. Mais la transposition de ce monument furibard sur grand écran peut-elle sauvegarder toute la sève de cette création culte ?

 

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MINDFUKAZ

Pour condenser son récit sur 90 minutes, Renard a dû tronçonner Mutafukaz. Situation périlleuse, qui ne pouvait aboutir à une amputation propre qu'à la condition de confier la mise en scène à un spécialiste du médium, capable de protéger la vélocité de l'ensemble tout en dopant la narration et charpentant sa structure. C'est le vétéran Shôjirô Nishim, passé notamment par Amer Béton, qui s'y colle, et qui s'acquitte de sa mission avec brio. Mutafukaz est grâce au talent combiné de ses deux géniteurs, une tornade permanente, qui joue et déjoue tous les attendus stylistiques des genres auxquels il emprunte.

Jonglant avec le coeur d'Invasion Los Angeles, plongé dans un bain hip hop aux accents latino, le film lorgne avec gourmandise du côté du Film Noir, galoche le polar Hong-Kongais et se vautre dans une langue dont les anglicismes n'altèrent jamais une gouaille so bloody frenchy. Le résultat est une mozaïque parfaitement imprévisible (pour qui ne connaît pas la bande-dessinée), capable de défoncer le quatrième mur à coup de boule, sans jamais perdre le fil de son récit lancé en quatrième vitesse. Pour bordélique et schizophrène que soit la chose, elle témoigne de manière si évidente de la générosité démente de son inventeur qu'elle pulvérise instantanément les éventuelles réticences générées par l'hystérie consommée de la chose.

 

Photo"Assassin de la police"

 

Patchwork roboratif, Mutafukaz sait aussi jouer la carte de la simplicité lorsqu'il se penche sur la relation de Lino et Vinz, ses deux héros cabossés. Avec simplicité, le scénario les met à l'épreuve, rejoue des figures connues de la mise à l'épreuve de l'amitié, mais l'accomplit avvec une candeur rafraîchissante. Pour incarner ces deux tronches, auquel le trait de Renard confère inévitablement un prisme d'émotions limitées, le métrage a invité Orelsan et Gringe,  choix incroyablement judicieux. Parce que tous deux sont plus saltimbanques que comédiens, leur interprétation n'est pas avare de failles et de fragilités, qui soulignent paradoxalement combien l'écriture du couple est d'une humanité évidente.

 

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MUTALOVA

Bien sûr, Mutafukaz paie sa hargne créative par un rythme parfois éreintant, des ruptures de ton pas toujours évidentes et quelques fondus au noir un peu épais. Autant de scories franchement anodines, tant elles ne peuvent entamer la vigueur de l'ensemble. Dans cette histoire où on tue du flic à bout touchant, pour mieux regarder des Luchadors avinés sauver la galaxie à coups de cafards sentimentaux, c'est une véritable force punk qui meut et qui émeut.

 

 

photoUne belle brochette de Mutafukaz

 

Tant de richesse pourrait n'aboutir qu'à un catalogue sympathique de geekeries plus ou moins digérées, de références plus ou moins pertinentes. Mais plus qu'une liste de shopping pour post-adolescent encore ivres de sébum, Mutafukaz est une invention nécessaire, qui proclame haut et fort que les frontières culturelles n'existent que pour ceux qui les respectent, et que dans le chaos annoncé d'un monde toujours plus global, se dessine la possibilité d'une partouzerie graphique à même de réconcilier Goldorak, Akira, Frank Miller et Hergé. C'est sans doute ce qui fait de cette rêverie sanguinolente un songe merveilleusement poisseux, qui nous laisse groggy et affamés.

 

Affiche officielle

 

Résumé

Démente partouzerie graphique qui hybride John Carpenter, Akira, le hip-hop et le  catch mexicain, Mutafukaz est un rail de créativité punk à consommer sans modération aucune.

commentaires

Stavos 04/02/2018 à 09:05

Vous avez éveillé ma curiosité avec cette belle critique, la bande-annonce étant d’une dégueulasserie peu encourageante.

Berserk 03/02/2018 à 15:15

On le voie au trailer qu"il aller être nickel.

Szalem 03/02/2018 à 14:54

"Hong-Kongais"

Et merci pour l'article!

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