I, robot

I, robot




13 jan. 2005 Par Thomas Douineau Star Rating 7

 

L'auteur de ces lignes se souvient de sa réaction de rejet spontanée devant l'affiche racoleuse représentant un Will Smith, bonnet sur la tête, dans une pose de mannequin qui n'était pas sans rappeler le nauséeux Bad boys 2 et son défilé de mode interminable. L'acteur aurait-il déjà oublié sa transformation étonnante en Mohamed Ali chez Michael Mann ? Cette impression fut renforcée quand arriva la article-details_c-trailers tapageuse où notre rappeur de service dégommait du robot à tout-va sur fond de blagues et de musique pop. Non merci, les films débiles de l'été, pas trop pour moi.

Et puis, au fil des discussions entre amis, des noms surgissaient du néant artistique auquel le film était promis. C'est Alex Proyas qui a réalisé ! Ah tiens !... Il a vendu son âme au diable ? Le décorateur, c'est Patrick Tatopoulos… C'est vrai que graphiquement, ce n'est pas un manchot, le petit Français. C'est adapté de nouvelles d'Asimov ! Ah, bon !... Finalement, la chaleur extérieure aidant, nous nous sommes rendus dans une salle climatisée qui projetait ce blockbuster hollywoodien qui n'augurait rien de bon.

Et la surprise fut totale ! En effet, ces trois noms au générique aurait dû suffire à justifier ce déplacement. En adaptant la nouvelle d'Isaac Asimov, Alex Proyas, réalisateur talentueux de The Crow et Dark City, signe non seulement un divertissement efficace et impressionnant, mais montre aussi qu'il n'a pas complètement vendu son âme au diable, gardant une grande partie de son identité visuelle. Car I, robot, sous couvert de films d'action à gros budget pour mangeurs de pop-corn, est en fait une véritable fable dévoilant une intelligence de mise en scène et un don de conteur (presque) intacts chez Proyas.

En effet, une fois passé les nécessités mercantiles de l'entreprise (le film en tant que gigantesque spot de pub) que le réalisateur prend un malin plaisir à expédier en cinq minutes (oui, le héros possède une paire de Converse vintage et une belle chaîne JVC, mais une fois vu, terminé ! Nous avons connu un Matrix plus insistant… Bon, c'est vrai, on n'échappe pas au logo Audi pendant tout le film, mais en 2035 il ne va pas conduire une 2 cv !), le film dévoile sa vraie identité et ses intentions, pour peu que l'on sache gratter sous le vernis hollywoodien. Derrière les scènes d'action obligées se cache en fait un vrai conte sur l'identité humaine qui n'est pas sans rappeler Ghost in the shell, de Oshii ou A.I., de Steven Spielberg. On remerciera donc Proyas de garder ces films en ligne de mire et, à l'image des ces prédécesseurs, d'attaquer I,robot sous l'angle de l'émotion. Émotion synthétisée par un vibrant Sonny en image de synthèse, aussi convainquant qu'un Gollum dans Le Seigneur des anneaux, et qui arrive à toucher le spectateur au travers de scènes clefs qui laissaient présager de ce qu'était le scénario de Jeff Wintar avant de passer à la moulinette hollywoodienne (la scène de l'interrogatoire, la prise de conscience par Sonny de sa condition, la fin pour laquelle Proyas s'est battu et qui soulève d'autres questions…)

Certes, nous sommes très loin de Blade runner, le chef-d'œuvre de Ridley Scott dont I,robot reprend l'essentiel des thématiques : les robots ont-ils une conscience, une mémoire ? Qu'est-ce qui nous différenciera d'eux s'ils sont capables d'émotion ? Qu'est-ce que l'âme ? Le film de Proyas en reprend même les personnages (Nexus6 contre NS-5, deux flics qui cherchent à comprendre ces robots, Harrison Ford dans l'un, Will Smith dans l'autre). Outre le jeu outrancier de Will Smith, cet éloignement est dû en partie à un manque de consistance dans la démarche de Proyas (mais le studio, quand il signe pour 115 millions de dollars, ne veut pas de forte tête) et à une approche nettement moins humaine, viscérale, organique voire poétique, du sujet. Ce constat, en plus de révéler les différences fondamentales entre Philip K. Dick et Asimov, montre que I, robot est certes un très bon divertissement , mais pas non plus un grand film.



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La Rédaction30/11/1999 01:00 par La Rédaction

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