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Critique
Deux jambes qui se croisent, puis se décroisent, laissant deviner l'inavouable : c'est le plan le plus célèbre de Basic instinct, thriller érotique et psychanalytique érigeant le sexe en révélateur de nos pulsions les plus sordides. Bien entendu, Paul Verhoeven n'aura pas attendu la scène de l'interrogatoire pour insuffler à son film une tension palpable, où le sang se mêle à d'autres fluides corporels. D'emblée, Basic instinct annonce la couleur : l'aspect irrémédiablement bandant de la première scène est aussitôt contrebalancé par une effusion d'hémoglobine. Comme si le spectateur était lui-même la victime, puni d'avoir laissé sa libido s'exprimer. Le ton est donné : pendant plus de deux heures, toute envie de concrétiser une quelconque attraction physique devra être considérée comme un danger potentiel. Baiser tue? Oui, mais pas seulement.

Avec toute la perversité qui le caractérise, Paul Verhoeven met en scène un polar qui n'a jamais l'air de ce qu'il est vraiment. Même dans son aspect le plus hollywoodien de thriller savamment tordu, Basic instinct regorge d'intensité sexuelle. Verhoeven filme les scènes de sexe comme de véritables morceaux de thriller, des chorégraphies bestiales qui permettent aux personnages de mesurer (et éventuellement d'inverser) les rapports de force qui se sont installés entre eux. Quant aux scènes les plus hollywoodiennes sur le papier, elles sont transcendées par le maestro hollandais : voir par exemple la scène de poursuite automobile, débridée et terrifiante, aussi électrique qu'une vigoureuse séance de préliminaires.

Verhoeven joue avec les objets (une écharpe en soie, un pic à glace, quelques miroirs) et insère avec délectation des symboles phalliques dans un maximum de plans, et permet à l'excellent scénario du gros Joe Eszterhas de devenir tout simplement un sommet de perversion au suspense haletant. Une réussite qui resterait mineure sans un casting juste génial. Sharon Stone trouve en Catherine Tramel, la romancière chaudasse, le rôle de sa vie. Sa plastique irréprochable (et, à l'époque, totalement naturelle), son regard de braise et sa façon de faire des glaçons font chavirer à la fois le bas ventre et le cortex. Face à elle, Michael Douglas, une évidence dans le rôle du sex-addict (avant de rencontrer sa Catherine, il a subi plusieurs cures de désintoxication), est parfait dans le rôle du chasseur devenu proie. Entre ces deux-là, et encore davantage dans le trio qu'ils forment avec l'ambiguë Jeanne Tripplehorn, la moindre oeillade ou le moindre geste se transforme instantanément en poudre à canon (une poudre composée à parts égales d'aphrodisiaques surpuissants et de mort-aux-rats).

Depuis quinze ans, avec ou sans Sharon Stone (surtout avec), les pâles copies de Basic instinct se sont succédées. Aussi excitants qu'une feuille de laitue, aussi profonds qu'un livre de la collection Harlequin, les Sliver, Jade et autres Basic instinct 2 ont montré à quel point le film de Verhoeven avait réussi à atteindre une sorte d'équilibre parfait entre excitation primaire, polar exaltant et psychanalyse aboutie.
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