Cogan

Killing them softly

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22 mai. 2012 Par Simon Riaux Star Rating 9

 

Andrew Dominik avait marqué les esprits avec son précédent film, L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, anti-western contemplatif et crépusculaire, il nous tardait donc de le voir revenir aux affaires. Tout indique que nous n'étions pas les seuls à guetter La Mort en douce, puisque la soixante-cinquième édition du festival de Cannes lui aura fait l'honneur de le sélectionner en compétition officielle, histoire de donner à Brad Pitt une chance de succéder à Jean Dujardin.

La précédente œuvre du cinéaste prenait à rebrousse poil tout un pan du western et de l'histoire américaine, la nouvelle s'attaque au thriller et à ses ramifications récemment sanctifiées par la pop culture tarantinesque. Sur le papier, tous les ingrédients d'un film d'arnaque gouailleur et énervé sont réunis : personnages azimutés, machination brinquebalante, mafieux adipeux et lubriques, tueurs déphasés et némésis impitoyables. Sauf qu'il ne sera ici jamais question d'agencer tout ce petit monde autour d'une suite de rebondissements rigolards et cyniques, encore moins de transformer les protagonistes en hommages sur pattes. Car si Killing Them softly est éminemment cinématographique, il se garde bien de convoquer ses ancêtres et influences de manière trop visible. Au contraire, il s'évertue à piétiner systématiquement les icônes charriées par un script en apparence très convenu.

Le casting s'en donne à cœur joie, Brad Pitt (impérial) en tête, suivi de près par un James Gandolfini qui trouve là tout simplement son meilleur rôle au grand écran, sorte de morse dépressif et violent, dont l'implosion guette à chaque seconde. Mais Dominik ne se contente pas de distribuer les bonnes répliques et les poses mémorables, il use de sa distribution comme d'un outil signifiant, comme en témoigne le rôle tenu par Ray Liotta. Ce dernier connaîtra une destinée aussi pathétique que tragique, dont le seule raison d'être semble le renoncement au noir romantisme scorsesien. À l'inverse, le rôle qui aurait dû être celui du parrain est tenu par l'archétype le plus contraire qui soit, à savoir Richard Jenkins, qui prête ici ses traits à un avocat, émissaire d'un nébuleux conseil d'administration. Qu'on se le dise, les classiques et les cadors n'ont qu'à bien se tenir, car ils n'ont pas leur place ici.

L'esthétique du film saura heureusement se faire moins discursive que le script (un peu bavard il est vrai), et se “contenter“ d'enchaîner séquences et images élégantes, voire classieuses. Elles auront encore toujours dans l'idée de subvertir l'atmosphère que le spectateur est en droit d'attendre de tel ou tel passage obligé, mais leur réussite est ailleurs. À l'instar L'Assassinat de Jesse James... on demeure estomaqué par la propension de Dominik à toujours trouver où placer sa caméra, et de quelle manière conférer à son récit l'impact le plus puissant. Qu'il s'agisse de la vibration d'une portière, du travelling minimaliste accompagnant un cul-sec ou de l'insert hilarant sur la trogne d'un chihuhua apeuré, la mise en image du film est une mine de trouvailles aussi racées que cohérentes avec l'esprit de ce "ride" dépressif.

Dépressif car Killing them softly est l'un des films consacrés à la crise économique les plus désespérés et définitifs qu'on ait vu depuis longtemps, bien qu'il ne soit pas le premier à appeler de ses vœux une démystification du rêve américain. Les plus optimistes verront dans la période choisie par le réalisateur le signe que Dominik considère l'Amérique PRÉ-Obama comme une terre de déréliction (les débats de second tour entre l'actuel président et le candidat républicain rythmant l'intégralité du métrage), les autres ne pourront réprimer un frisson, quand lors d'une tirade finale implacable, Pitt renvoie dos à dos ces deux visions, faces opposées de la même pièce contrefaite. Qu'on ne s'y trompe pas, le monde de Cogan n'est pas celui des gangsters et autres trafiquants, il n'a valeur que d'allégorie de l'entreprise occidentale moyenne. Celui qui jadis en eut été le maître incontesté s'est transformé en exécuteur des basses œuvres, commandité par un anonyme conseil d'administration, pour liquider le petit personnel. America is not a country, it's a business.



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Simon Riaux :

Star Rating 9
Quand les gangsters licencient, point de droit du travail, mais un sacré devoir de cinéma !

Stéphane Argentin :

Star Rating 8
Andrew Dominik déconstruit le mythe du grand banditisme et de la toute puissance économique américaine.

Sandy Gillet :

Star Rating 8
Tarantino est mort. Vive Andrew Dominik.

Didier Verdurand :

Star Rating 7
Un film qui ne laisse la parole à une femme que 30 secondes (une pute, en plus !) ne peut être foncièrement mauvais. Oh ça va, j’déconne…

Laurent Pécha :

Star Rating 6
Un polar de crise… Malin mais trop de facilités nuisent à l’efficacité de l’ensemble.

Patrick Antona :

Star Rating 5
Le parallèle entre crise du système américain/monde du banditisme est un cache-misère pour une action minimum qui manque de rebondissements mais pas de dialogues trop redondants. Heureusement que les comédiens et quelques astuces de mise en scène évitent l’assoupissement.


FinnegansWake18/03/2013 15:27 par FinnegansWake

Faut dire qu’un film sur les mathématiques, tu peux y mettre plein de trucs foufous dedans, ça reste toujours assez chiant (oui, même Pi, le truc mystico-MTV d’Aronofsky). :D Un film qui a reçu le Seal of Messias Chiantitude ? :ange: Là pour le coup, j’en sais rien, mais probablement, tant c’est [...] LIRE LA SUITE
Julien Foussereau18/03/2013 15:07 par Julien Foussereau

Faut dire qu’un film sur les mathématiques, tu peux y mettre plein de trucs foufous dedans, ça reste toujours assez chiant (oui, même Pi, le truc mystico-MTV d’Aronofsky). :D Un film qui a reçu le Seal of Messias Chiantitude ? :ange: LIRE LA SUITE
FinnegansWake18/03/2013 14:45 par FinnegansWake

Ah ça, pour sûr, qu’on aime ou pas, c’est un film qui s’oublie très bien. Une bonne catégorie de films, ça, les films qui s’oublient très bien. J’ai revu Un Homme d’Exception, il y a deux jours, et j’en parlais justement ainsi : le film qu’on a tous vu et qu’on oublie [...] LIRE LA SUITE

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