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Critique
Fleuron du Nouvel Hollywood, Taxi Driver demeure à ce jour le brûlot le plus cynique et nihiliste du duo Schrader/Scorsese. Bilan post traumatique (dont A tombeau ouvert fit office de catharsis vingt trois ans après) d'une Amérique hantée par les démons du Viêt-Nam, Taxi Driver n'est ni plus ni moins qu'une traversée funeste dans une antichambre de l'Enfer dont l'inquiétant guide nous renvoie une image peu reluisante. Scorsese laisse de côté toute image d'Epinal pour conter le parcours de Travis Bickle, chauffeur de taxi lentement pris dans les filets d'une ville tentaculaire, Babylone moderne où l'aliénation prédomine au détriment de toute humanité. L'occasion pour le réalisateur de traiter de manière frontale une certaine violence ordinaire, latente mais ô combien présente chez Bickle.
Ainsi, les courses de Travis apparaissent comme autant de
tableaux glaçants et désincarnés où les êtres se voient littéralement consumés
par la solitude et l'instinct de survie.
Un cri de désespoir que l'on ressent jusque dans le jeu des comédiens:
d'une Jodie Foster bluffante de maturité à la gracieuse Cybill Shepherd en
passant bien sûr par un De Niro omniprésent et animal. Ils sont montrés ici
comme des archanges déchus, victimes de s'être trop tôt brûlés les ailes aux
sommets des buildings new-yorkais.
Voyage urbain au cœur de la paranoïa (auquel la superbe
musique tour à tour jazzy et oppressante de Bernard Hermann confère une aura
planante et horrifique), Taxi Driver ne démérite pas sa place
au panthéon des 100 plus grands films tel qu'établi par l'AFI (American Film Institute) et reste encore aujourd'hui une
peinture glaçante de son époque.

