Critique : Je m'appelle Ki

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18 décembre 2012 - Cédric Le Penru

Portrait de jeune femme moderne à la polonaise (Ki est une mère célibataire et adulescente), ce premier long métrage de Leszek Dawid suit au plus près son héroïne, presque de tous les plans, certes charmante, fêtarde et débordante de vie, mais assez crispante à la longue.

Quittant le père de son enfant qui n'assumait apparemment pas son rôle, Ki s'en va squatter avec son fils (petite tête blonde craquante) chez sa meilleure amie, une bobo aisée introduite dans le monde des arts graphiques contemporains. Là elle va faire la rencontre d'un colocataire taciturne, rigoureux et très moral, le géographe baroudeur Miko (très juste Adam Woronowicz).

Exaspérant pratiquement chacun des protagonistes rencontré dans son parcours (et parfois le spectateur) dont également le pourtant très conciliant Miko, Ki, déconnectée visiblement de toutes les réalités du monde, fait terriblement penser à beaucoup de jeunes femmes perdues et/ou écervelées peuplant agréablement le cinéma occidental des trente dernières années : de Sandrine Bonnaire chez Pialat ou Varda à Charlotte Gainsbourg chez Miller, pour n'en citer que deux, françaises.

Ki est un personnage de fille hyper rock'n roll, aimant l'alcool et fumer clope sur clope (sortant toujours avec une bande d'amies) dont malheureusement il ne nous sera jamais donné de comprendre complètement les enjeux personnels et psychologiques. Surtout que la question théorique du dilemme entre le rôle de mère et l'épanouissement de femme active ne sera jamais vraiment posée.
Mais après tout pourquoi pas si il s'agit d'un parti pris...

Chaotique et tumultueux dès le départ, l'enjeu dramatique met bien du temps à s'installer mais lorsque Ki décide de devenir une performeuse (i-e travailler des vidéos personnelles auto-produites à l'aspect néo-plasticien et vaguement surréaliste), le film prend une belle ampleur telle qu'on ne l'attendait presque plus. Les images artistiques un peu folles d'elle-même que l'héroïne souhaite faire exposer ou projeter en galerie offrent alors une mise en abyme amusante du joyeux et bruyant désordre du film, qui est lui même à l'image de la propre vie réelle et décousue de Ki.

Malgré un charme certain, redevable presque intégralement à l'énergie de l'actrice Roma Gasiorowska, cette oeuvre souffre donc des défauts (trop ?) souvent inhérents aux premiers longs métrages, dont l'écriture préalable ne semble pas avoir été assez soignée.
Ainsi le film s'enferme à plusieurs reprises dans de vraies impasses narratives desquelles le réalisateur/scénariste n'a visiblement pas su comment se sortir. Malgré ce qui auraient pu être des arcs dramatiques intéressants (nouvelle histoire d'amour, jalousie envieuse d'amies), la progression actancielle achoppe malheureusement sur un manque de tenue du script.

L. Dawid reste malgré tout un cinéaste à suivre grâce à un style identifiable et personnel, empreint d'un naturalisme/réalisme quasi essentialiste, servi formellement par une jolie photo pop et acidulée.

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