Critique : Nazarin

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11 avril 2007 - Jean-Noël Nicolau

La Foi peut-elle changer la nature humaine ? La réponse qu’offre Buñuel, « Athée grâce à Dieu » selon ses propres dires, est aussi complexe que cruelle. Son Nazarin est un prêtre dévoué jusqu’à l’absurde, prêt à tous les sacrifices pour incarner l’idéal chrétien. Mais sa ferveur l’entraîne dans le malheur et il échoue à sauver son prochain. Accompagné par deux femmes touchées par l’hystérie religieuse (ou sexuelle), il accomplit un chemin de croix d’autant plus douloureux qu’il s’effectue sur les routes du Mexique.

Depuis son chef-d’œuvre Los Olvidados, Buñuel n’a de cesse de scruter la réalité de sa terre d’exil sans masquer la misère et la violence qui régissent un pays où seule la loi du plus fort prévaut. Dans ces conditions, la prière paraît dérisoire malgré l’omniprésence de la Foi dans le quotidien des mexicains. Réduit à un décorum, éloigné de ses principes les plus fondamentaux, le christianisme n’est plus qu’un consensus. Loin de la virulence de certaines de ses œuvres (en particulier l’Age d’Or et Viridiana), le réalisateur semble accorder une part de compassion, ou tout du moins de pitié, à son Nazarin.

Buñuel, qui fut jusqu’au bout en quête de sens, avec humour et philosophie, offre avec ce film l’une de ses réflexions les plus nuancées, mais aussi les plus sombres. La conclusion est tétanisante dans ce qu’elle laisse inévitablement en suspend et vient rappeler, s’il en était besoin, l’éternelle modernité de la filmographie de Buñuel.

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