Critique : Nanny McPhee

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6 février 2006 - Johan Beyney

Le succès mondial – autant littéraire que cinématographique - d'un certain apprenti sorcier n'est pas sans avoir d'intéressantes retombées. Aussi aura-t-il permis aux producteurs hollywoodiens de (re?)découvrir une source d'histoires adaptables au cinéma d'une richesse inespérée : la littérature pour enfants. Incroyable qu'on n'y ait pas pensé avant ! Certes l'idée n'est pas nouvelle, mais depuis l'arrivée de l'élève Potter sur grand écran, le filon n'a de cesse d'être exploité : Charlie et la chocolaterie, Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire, Le monde de Narnia… Tout y passe, pourvu que le texte original recèle un brin de fantastique ou de magie gothique. Au tour donc de Nurse Matilda, série de livres pour bambins de l'écrivain britannique Christianna Brand. « Nurse », jugé trop désuet devient « Nanny » et Matilda, trop connoté Roald Dahl, se voit transformer en « McPhee », et ni vu ni connu je t'embrouille ! L'avantage majeur de cette méthode est d'assurer au spectateur une histoire de qualité, pourvu que le travail d'adaptation soit correctement fait. Mission remplie par Emma Thompson qui s'est attelée au scénario avec talent, livrant ici un conte magique et poétique très divertissant.

[img_right]nanny_cuisine.jpg [/img_right]Mère décédée et père débordé, autant dire que les sept enfants de la famille Brown ont bien du mal à se forger un bon rapport avec l'autorité. Décidés à faire fuir toutes les nounous qui s'approchent de trop près de la maison, les bons petits diables s'ingénient avec talent à faire en sorte qu'après leur passage, l'herbe ne repousse pas. Fort heureusement, Super Nanny va prendre les choses en main (ça vous rappelle quelque chose ?). Cheveux en paille de fer, robe austère et verrues de circonstance, la nouvelle nounou ne partage avec Mary Poppins que des pouvoirs magiques, par ailleurs fort utiles pour maîtriser cette meute de sauvageons. Sa méthode de travail : « Tant qu'on ne veut pas de moi, mais qu'on a besoin de moi, je reste. » Son intervention sera d'autant plus nécessaire que la survie de la famille ne tient plus qu'à un fil : si Papa Brown ne trouve pas de femme dans le mois, Tante Adélaïde coupe les vivres. Or, toute personne ayant un peu lu les livres de conte sait qu'une belle-mère n'est que rarement recommandable…(est-ce seulement dans les livres de conte d'ailleurs ? / Ndlr !)

Kirk Jones (dont c'est ici le deuxième film après Vieilles canailles) livre ici une comédie fantastico-charmante bien ficelée. Certes, Hollywood fait toujours appel aux mêmes recettes dès qu'il est question de créer une ambiance british, mais il faut reconnaître que le casting est très efficace : Emma Thompson, méconnaissable, est toujours aussi classe et Colin Firth, avec sa tête de gendre idéal, est parfait en père déboussolé. Notons également une galerie de personnages secondaires assez prestigieuse : Angela Lansbury en odieuse tante snob, Imelda Staunton en cuisinière militaro hystérique et Célia Imrie en aspirante belle-mère nymphomane et vénale sont toutes parfaites. Si le réalisateur a un peu de mal à gérer les sept enfants autrement que comme un troupeau (on n'éprouve finalement de l'empathie que pour l'aîné de la fratrie), tous les personnages adultes contribuent efficacement à la cohérence et à la richesse de cette histoire attachante et plaisamment farfelue.

Grâce à des décors et des costumes très bien pensés – entre souci réaliste et exubérance chromatique –, le film entier est baigné d'une ambiance qui colle parfaitement à l'histoire. Grâce à la présence de cette nounou pas comme les autres, la famille Brown va gagner en maturité et apprendre pêle-mêle (morale de conte oblige) le respect, la confiance en soi, l'ouverture d'esprit et, surtout, qu'il ne faut pas juger les gens à leur apparence. On appréciera cependant, au-delà de ces messages bien légitimes, que ces leçons de vie ne soient pas assenées de manière trop appuyée. Drôle et fort plaisant Nanny McPhee aura de quoi ravir les plus petits et ne pas ennuyer les plus grands, pour peu qu'ils aient conservé une part d'enfance assez développée.

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