House of Cards S2 le bilan

Simon Riaux | 26 février 2014
Simon Riaux | 26 février 2014
Netflix se devait de réitérer le tour de force House of cards. Après une première saison qui avait su créer l'évènement grâce à un casting brillant, une réalisation classieuse et une écriture redoutable, la série phare d'un des acteurs majeurs du marché du téléchargement légal devait transformer l'essai. Avec ses bases solides, House of Cards saison 2 y parvient-il ?


Attention Spoilers.


Le thriller politique qui rappela violemment aux sérievores le talent de Kevin Spacey n'a rien inventé (et pour cause, il s'agit d'un remake) mais était parvenu à agencer chacun de ses classiques ingrédients avec un savoir faire peu commun. S'il serait injuste de voir dans cette nouvelle saison un ratage à proprement parler, c'est néanmoins du côté de ce délicat équilibre que le bât blesse. En effet, dès l'épisode inaugural, House of Cards s'avère incapable de doser ses effets. D'homme machiavélique aux instincts de prédateur, Kevin Spacey est brusquement transformé en vulgaire assassin, dénué de stratégie et mû par son ambition dévorante. Une erreur qui fera payer à cette saison un lourd tribut.

Il faudra en effet attendre quasiment sept épisodes, soit la moitié de la fournée annuelle, pour que le show retrouve son équilibre après la mort d'un personnage essentiel. D'une, cette disparition brutale n'est en aucun cas crédible, de deux, elle clôt beaucoup trop facilement une intrigue qui aurait pu menacer durablement Frank Underwood, le fascinant anti-héros de House of Cards. Les scénaristes devront dès lors traîner le boulet incarné par Lucas, journaliste conscient de la machination Underwood et désireux de la voir éclater au grand jour. Le personnage est fade, unidimensionnel et se substitue douloureusement à la tornade Zoe Barnes.

Quant à la réalisation, elle s'avère terriblement fade durant au moins quatre épisodes. L'absence de David Fincher se fait sentir, lui qui avait su initier en grande pompe la série n'est plus là pour donner le ton et ce dernier vire de l'élégance polaire à la froideur polie. Il en va de même pour le scénario, qui ne nous gratifie plus de sentences immortelles déclamées par Kevin Spacey et a bien du mal à nous offrir des joutes oratoires dignes de ce nom.

 

 

Heureusement, la montée en puissance de Raymond Tusk, milliardaire et mentor présidentiel, oblige le script à se dépasser et à retrouver la grandeur de la première saison. Preuve sans doute que c'est dans l'adversité que Frank Underwood révèle sa pleine puissance, la série retrouve des couleurs alors que son anti-héros entreprend véritablement de mettre à terre son principal adversaire. On pourra regretter qu'à cause d'un début raté, beaucoup de choses aillent trop vite, que certaines manœuvres semblent presque trop faciles au démoniaque Kevin Spacey, mais il y a néanmoins plusieurs raisons de ne pas bouder la seconde moitié de la saison.

Claire Underwood trouvera ici sa pleine mesure et entamera une évolution notable dans son rapport à l'humain et au sacrifice. Les personnages secondaires qui conféraient aux tacticiens de cette tragédie amorale un peu d'humanité se voient broyés, une orientation qui donne de l'air au show et le force à varier ses ressorts émotionnels. Les nouveaux venus ne sont pas en reste, leur traitement est une leçon de caractérisation et d'interprétation, à l'image de Jackie, remplaçante de Frank au poste de Whip qui devrait nous réserver de belles surprises. Quant à la vraisemblance et à la temporalité, souvent malmenées, elles ne perdent du terrain qu'au bénéfice du rythme et de la tension, qui atteignent plusieurs fois de hauts sommets. Enfin, Franck trouve un adversaire à sa mesure, son égal en terme de cruauté, d'intelligence pure et de jusqu'au-boutisme, leur confrontation est un régal dont le plus humain des deux sortira détruit.

 

 

Mais le grand mérite de cette deuxième saison, c'est de se conclure sur un jouissif point de non-retour. À force de manipulations, de roueries et de trahisons, Kevin Spacey atteint finalement son but suprême. Il devient l'homme le plus puissant du monde libre. Cette nouvelle situation aura logiquement pour effet de bouleverser totalement la structure de House of cards ainsi que sa dynamique actuelle. Car sans ennemi à abattre, sans place à convoiter, c'est désormais Frank qui sera la cible de toutes les attaques, une position aussi inconfortable qu'inattendue. Rares sont les séries à oser ainsi renverser la vapeur pour nous promettre une révolution complète de leurs enjeux. Voilà un choix audacieux qui mérite d'être salué.

Une inquiétude demeure toutefois. Les scénaristes n'auront pas osé ou pas su se débarrasser des personnages de Rachel et du hacker informatique et on ne voit pas bien ce qu'ils peuvent désormais en faire de constructif. Leurs intrigues respectives étant les plus stéréotypées et invraisemblables du show, on espère que la troisième saison ne s'attardera pas sur eux comme la deuxième s'était embourbée dans les jérémiades de Lucas et ses petits camarades. Frank Underwood a plus que jamais besoin de nouveaux adversaires et de nouveaux terrains de jeu, le confiner dans ses manipulations d'hier pourrait s'avérer une terrible erreur.

Bien que schizophrène et inégale, cette deuxième saison de House of Cards demeure terriblement addictive. Malgré une entame en forme de catastrophe, la série se reprend pour finalement retrouver la force et l'intelligence de ses débuts. On espère que sa prometteuse conclusion augure du meilleur et permettra au scénario de rebondir vers de nouveaux sommets de perversité politique, loin des sous-intrigues crapoteuses de ce début de saison.

 

 

 

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