Eiyuden Chronicle : Rising - comment on a inventé l'Apéro-RPG

JL Techer | 10 mai 2022 - MAJ : 10/05/2022 16:00
JL Techer | 10 mai 2022 - MAJ : 10/05/2022 16:00

Second couteau brillant, mais malheureux du JRPG, la lumineuse saga Suikoden a connu des heures glorieuses entre 1995 et 2006. Désormais morte et enterrée par un Konami sans scrupule, la série a laissé les amateurs de JRPG orphelins. Mais les fans vont pouvoir sécher leurs larmes : Eiyuden Chronicle : Rising, réalisé par les créateurs de Suikoden désormais indépendants, est là pour jouer les kleenex de luxe.

Suikoden est mort, longue vie à Suikoden

Qu'il est difficile de se faire un nom dans la sphère du RPG, et plus encore dans la bulle restreinte du JRPG. Cannibalisée par les ténors Final FantasyDragon Quest ou Shin Megami Tensei/Persona depuis la fin des années 90, le milieu n'a laissé que peu de place aux nouveaux venus au cours des décennies suivantes. Pourtant quelques rares noms tels que Secret of Mana ou Xenogears ont réussi à se faire une place au soleil. Suikoden était de ceux-ci. 

Fort de cinq épisodes canon, auxquels s'ajoute un spin-off aux allures de RPG tactique, la série détonnait dans le milieu du JRPG par ses ambitions narratives et son contenu aux proportions quasi hallucinatoires. Largement conçu comme une adaptation vidéoludique du roman chinois de Shi Nai'an du XIVe siècle Au bord de l'eau, chaque opus de Suikoden proposait 108 héros recrutables, tous bénéficiant d'une écriture soignée, unis dans un but commun : lutter contre un ordre établi corrompu ou contre une menace dépassant l'entendement. 

 

Eiyuden Chronicle : Rising : photoUn design qui fleure bon les 90's

 

Malgré une solide fan-base, et un immense succès critique, la saga a fini six pieds sous terre, la faute à un Konami désormais plus intéressé par le développement d'applis mobiles free-to-play/pay-to-win et de jeux de pachinko. Déçus par la nouvelle politique de la maison mère, les anciens patrons de la série Suikoden ont fini par prendre le large, pour s'en aller créer la société Rabbit & Bear Studio. 

Aux commandes du studio, on retrouve Yoshitaka Murayama, réalisateur des trois premiers Suikoden, bientôt rejoint par des dizaines d'anciens développeurs de chez Konami. Leur premier projet, Eiyuden Chronicle : Hundred Heroes affiche clairement ses ambitions : ramener à la vie la licence Suikoden, le nom officiel en moins. Lancé sur Kickstarter, le projet a explosé les records, récoltant presque 10 fois la somme demandée. 

Au coeur de cette opération, Eiyuden Chronicle : Rising n'était au départ qu'une rétribution offerte aux fans donateurs, un "petit" jeu destiné à les faire patienter jusqu'à la sortie d'Eiyuden Chronicle HH en 2023. Pourtant le jeu a plus à offrir qu'une simple démo de ce que sera le futur titre du studio. Bercé par l'amour du JRPG old-school et voulant se montrer digne de l'héritage de Suikoden, Eiyuden Chronicle : Rising est un bonbon nostalgique frais et agréable, mais qui laisse un arrière-goût de trop peu. 

Eiyuden Chronicle : Rising : photoJunko Kawano est de nouveau au chara-design (et c'est tant mieux)

 

Apéro-RPG

Loin de l'ambition d'un Suikoden, Eiyuden Chronicle : Rising sert de préambule à Eiyuden Chronicle Hundred Heroes. Le but du titre est de donner aux joueurs un aperçu du nouveau monde bâti sur les ruines de Suikoden. Tant dans son approche du gameplay que dans son concept, le titre s'éloigne de la formule historique du JRPG aux combats au tour par tour pour aller flirter du côté de l'action-RPG avec des affrontements en temps réel. 

En termes de boucle de gameplay et de concept, Eiyuden CR se positionne à mi-chemin entre Monster Hunter et un dungeon crawler. Les affrontements constituent le coeur du jeu, et il faudra accepter de passer énormément de temps dans les donjons du titre afin de progresser tant en termes de leveling que d'avancée narrative.

Fort heureusement, le système de combat est fluide et agréable, et gagne en complexité à mesure que les heures passent. Clairement calqué sur celui du côté du cultissime Valkyrie Profile, le titre propose un fonctionnement basé sur une attribution de chaque personnage de l'équipe à un bouton, avec un héros affecté à chaque bouton. Les combinaisons de touches offrent alors des possibilités de combos plus ou moins complexes.

 

Eiyuden Chronicle : Rising : photoEnvoyez la chair à canon

L'aspect fâcheux du titre reste son aspect narratif. Bien que le scénario gagne en profondeur au fil de la vingtaine d'heures d'aventure, il ne reste qu'un prétexte à des allées et venues entre les donjons et le village/HUB central de Nouveau Nevaeh. La plupart des missions n'auront pour but que de reconstruire un village au départ en ruines et que CJ, l'héroïne sans peur et sans reproche, aura à coeur de collecter des tonnes de matériaux afin de faire évoluer des boutiques en tout genre : forge, boutique d'accessoires, de runes magiques, etc..

Tout ceci afin d'améliorer son équipement afin de repartir à l'aventure, pour collecter des matériaux pour les échoppes, et ainsi de suite ad vitam. Et étonnamment, la mayonnaise prend : on prend plaisir à enchainer les combats, à grinder, à gagner des niveaux jusqu'à devenir un monstre de puissance. Avec ses missions courtes, sans prise de tête, son scénario léger, et une boucle de gameplay satisfaisante, Eiyuden Chronicle : Rising un apéro-RPG : un titre qu'on viendra picorer, sans vraiment s'investir, facile d'accès, qui n'a certes pas d'ambitions démesurées, mais très efficaces.

 

Eiyuden Chronicle : Rising : photoInstant fan-service

 

Une belle note d'intention

Le titre de Rabbit & Bear est un bel avant-gout de ce qui arrivera avec Eiyuden Chronicle Hundred Heroes. Le soft remplit très largement son contrat : avec un budget restreint et une période de développement très resserrée, le studio japonais est parvenu à produire un jeu d'une fraicheur incontestable. 

Grâce à une très belle direction artistique, avec un chara-design remarquable (mention spéciale aux personnages anthropomorphes, tous très charismatiques) et des décors splendides, et malgré un scénario assez faiblard, ECR reste une très belle alternative face aux titans du JRPG. Même s'il n'est pas de taille à lutter contre un Octopath Traveler, il n'a pas à rougir face aux JRPG indépendants comme Astria Ascending ou un Cristale.

 

Eiyuden Chronicle : Rising : photoFidèle à la tradition Suikoden, le design des monstres est plutôt bien senti


Malgré la répétitivité du titre, et son concept assez bateau, difficile de bouder son plaisir : quand on est amateur du genre, Eiyuden Chronicle : Rising est plutôt rafraichissant et donne incroyablement envie de se jeter sur le prochain Eiyuden Chronicle Hundred Heroes. ECR est une belle surprise, qui permet des sessions de jeu assez courtes, ce qui est un atout non négligeable pour les salarymens prisonniers d'une course au temps de jeu. Loin d'être parfait, surtout au niveau technique, le jeu se butine tout de même avec plaisir et constitue un beau préambule au monde qui nous attend dans sa suite. 

Eiyuden Chronicle Rising est disponible à partir du 10 mai 2022 sur PC, PS4 et 5, Xbox One et Series, et Nintendo Switch. Ce test a été réalisé à partir d'une version PC du jeu fournie par l'éditeur. 

 

Eiyuden Chronicle : Rising : photo

Résumé

Eiyuden Chronicle : Rising est un Apéro-RPG : il ouvre l'appétit, et même s'il nous laisse sur notre faim, il donne quand même sacrément envie d'en voir plus. Le titre est une splendide note d'intention et augure du meilleur pour Eiyuden Chronicles Hundred Heroes. 

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commentaires
Copeau
10/05/2022 à 17:48

sympa ! j’étais passé à côté … du coup ça me branche bien … @JL Techer, par contre si c’est une espèce d’introduction au futur jeu … une idée de la durée de vie ? 20h comme évoqué dans votre article ? merci de l’info :)

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