Jennifer Lynch (Surveillance)

Vincent Julé | 22 juillet 2008
Vincent Julé | 22 juillet 2008

Elle est de retour ! Il en a fallu du temps pour que la fille (barrée) à papa (plus barré encore) Jennifer Lynch revienne sur les grands écrans avec Surveillance, chronique violente et déviante de l'Amérique profonde sur l'asphalte et à la Rashômon. L'occasion de revenir sur Boxing Helena, sa traversée du désert, ses projets, son père David et même la Méditation Transcentruc.

 

Quinze longues années sans aucune nouvelle, qu'est-ce qui s'est passé ?

Boxing Helena, ça a été complètement fou... puis un livre, des pubs, des clips mais surtout, je suis tombée enceinte. J'ai décidé d'avoir cet enfant, mais la relation avec le père n'a pas fonctionné, j'ai donc dû me focaliser à 100% sur le bébé et être une bonne mère. Et parent à temps plein pendant 12 ans, c'est du boulot. J'ai aussi eu un grave accident de voiture qui a endommagé ma colonne vertébrale. Il m'a fallu trois lourdes opérations et beaucoup de rééducation pour pouvoir remarcher et c'est alors que j'ai commence à écrire Surveillance, avec deux ans et demi pour le sortir de sous terre et le faire exister. Donc, même si je n'ai pas fait de films, j'ai été très occupé, j'ai aussi produit des courts-métrages d'amis et écrire, encore et toujours.

 

 

Boxing Helena est connu pour avoir été un development hell, avoir soulevé la polémique Est-ce aussi pour ça que vous n'êtes pas revenue tout de suite au cinéma ?

Si je n'avais pas été enceinte, je l'aurais sûrement fait... mais c'est vrai que ça été dur. Un film, c'est aussi comme un bébé, et il a été tellement incompris, avec le procès (NDLA : contre Kim Basinger qui s'est désistée à quelques jours du tournage et a été remplacée par Sherilyn Fenn), la promotion... tout ça a perverti ce qui était un conte de fées entre un prince charmant cinglé, une blanche neige bitchy et la Venus de Milo. C'est devenu Basic Instinct avec des amputations. Le promouvoir ainsi, il n'avait aucune chance, je n'avais plus qu'à me tirer une balle. J'avais 19 ans quand je l'ai écrit, un premier film qui devait montré de quoi j'étais capable pour le futur.

 

Mais il est devenu un peu culte avec les années.

Oui, mais il y a aussi des gens qui veulent me tuer pour ce film, qui croient que je veux faire mal aux femmes... c'est un conte de fées, il n'y a pas de violence, juste de la suggestion, par l'idée de.

 

C'est pourquoi la fin est encore aujourd'hui critiquée, mal comprise ?

J'ai envie de leur dire, vous auriez voulu que ce soit vrai, qu'il lui ait coupé les membres un à un... Mon avis aujourd'hui est que je n'ai jamais voulu faire un film sur un homme qui découpe une femme en morceaux mais sur un homme qui pense le faire et qui quand il réalise qu'elle ne l'aimera plus, se dit que non il ne peut pas le faire, elle ne lui appartient pas. C'est ce que je voulais raconter... Once upon a time... J'ai appris que la promotion était très (trop ?) importante, qu'il fallait savoir laisser partir un film, ne pas y être trop attachée. Mais entendre des gens dire qu'en le faisant, je n'ai plus droit d'être aimé, vraiment... ce n'est qu'un film...

 

 

Où et quand vous est venue l'idée d'un trip comme Surveillance ?

C'est la rencontre de plusieurs idées... Rashômon bien sûr, mais surtout, j'ai toujours été fascinée par le réflexe immédiat qu'ont les gens de mentir, pour se protéger ou pour protéger un proche... c'est un mécanisme de défense et ils le font plus souvent qu'ils ne le pensent. En découle un cycle de violence d'abus... la petite Stéphanie et les autres personnages sont tous à leur manière innocents, jusqu'à ce que quelque chose leur arrive. Ils ont tous été Stéphanie à un moment de leur vie et ont pris des décisions. Il y a la junkie qui se fait du mal, les flics qui s'en prennent aux automobilistes et le serial killer, mais tous ont aussi des traces d'humanité... et Stéphanie au milieu de tout, va-t-elle faire le bon choix ? Va-t-elle faire que tout s'arrête ? Les criminels sont aussi, et parfois avant tout des victimes.

 

Concernant la structure entre points de vue et flash-back...

J'ai voulu plusieurs identités visuelles à chaque personnage et chaque témoignage. Chacun apporte sa pièce du puzzle, jusqu'à ce qu'ils se rencontrent avec la scène de l'accident et que le point de vue devienne universel.

 

Pendant et après la projection du film, j'ai pu entendre à plusieurs reprises : c'est comme Twin Peaks, Blue velvet...

Les gens continuent à le dire, cela ne m'était même pas venu à l'esprit. En fait, j'ai été cette Stéphanie à l'arrière de la voiture, ma fille l'est aussi. Et ces routes, je les ai parcourues avec mon père, cette station de police, je m'y suis arrêtée avec lui. C'est juste ce que j'ai vu, ce qu'il a vu aussi. C'est flatteur bien sûr, mais ce n'est pas volontaire.

 

 

Et puis, des chats ne font pas des chiens.

Oui, exactement, c'est très bon ça !

 

Au niveau du casting, il y a Julia Ormond que l'on voit trop rarement et Bill Pullman que l'on n'a jamais vu comme ça.

J'espère bien que l'on ne l'a jamais vu ainsi. En fait, Julia a lu le scénario et m'a harcelé pour avoir le rôle. Bill, j'ai écrit le rôle pour lui et je l'ai supplié. Avec la première, on ne la voit juste pas venir, avec le second, tu peux aller où tu veux, il te suivra toujours. J'étais aux anges.

 

Entre Stéphanie, la junkie, la mère et Julia, Surveillance se révèle surtout un film de femmes, avec les hommes en témoins voire victimes.

C'est n'est pas conscient, mais c'est vrai. Les femmes se révèlent instinctives, posées alors que les hommes sortent leur pétard et tirent dans tous les sens.

 

 

Quelques mots sur votre nouveau projet,  Naagin - The Snake Woman ?

C'est un film original, de Bollywood, une comédie musicale d'amour et d'action. En Inde, avec des acteurs indiens... et des éléphants. Ils m'ont appelé après avoir vu Surveillance. J'ai d'ailleurs fini d'écrire le scénario la nuit dernière, je n'ai donc pas beaucoup dormi. Je serais la première réalisatrice occidentale sur un film 100% Bollywood. C'est sur la légende de la femme cobra, de la comédie, des effets spéciaux et un gros budget.

 

Mais sur le coup, quelle a été votre réaction ?

J'étais ... Wouaaaahh... je n'avais aucune idée de comment le faire, donc je devais le faire, je devais essayer. Et il n'y avait pas de script, je devais l'écrire. Donc j'ai été en Inde, j'ai regardé autour de moi, fait des repérages... et je pars dans trois jours pour trois mois.

 

Une dernière question. Que pensez-vous du rapport de votre père avec la Méditation Transcendantale, et du fait que ce n'est pas toujours bien vu en  France ?

C'est dur pour lui...

 

Excusez-moi, êtes-vous aussi une adepte ?

Oui, je le suis. C'est très courageux de sa part d'aller ainsi sous les projecteurs, il faut en avoir une sacrée paire de couilles, parler ainsi de la Méditation et de la paix dans le monde.

 

 

Parce qu'on pense naturellement à Tom Cruise et sa Scientologie...

Mais il croit vraiment que cela peut changer le monde, je le suis depuis que j'ai six ans, mais pour moi, ce n'est pas pareil. C'est 20 minutes de méditation le matin et le soir, prendre le temps de se retrouver avec soi-même. Dans un monde fucked up comme le nôtre, c'est important, de s'arrêter, de faire une pause.

 

Oui, mais quand il dit devant le Président de la République française, que Paris a besoin d'une tour d'invincibilité... euh... hein... bon... oh...

Il sait que c'est aussi fou que cela peut paraître... mais cela le rend encore plus étrangement admirable. Est-ce que j'aurais fait la même chose ? Non, c'est sûr. Mais je défie quiconque de se mettre à la Méditation et ne pas se sentir mieux.

 

Et le rapport entre ses films et cette philosophie ?

Mais il est adepte de la Méditation Transcendantale depuis qu'il fait des films, et ils sont liés bien sûr, ils l'ont toujours été. Les critiques ne lui tombent dessus que depuis qu'il a décidé de rendre ça public, d'être ouvert et franc, car il croit que cela fera une grosse différence dans le futur. Et il n'a pas peur que les gens disent que c'est du vent. Beaucoup de grandes choses dans le monde sont arrivées parce que certains n'ont pas écoutés la majorité.

 

Propos recueillis par Vincent Julé

Autoportrait par Jennifer Lynch

 

 

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