Nos films de maisons hantées préférés

Simon Riaux | 15 juin 2011
Simon Riaux | 15 juin 2011

Alors qu'Insidious vient combler la relative absence de frissons de ces dernières semaines, l'heure est venue de rendre hommage à un genre qui recèle nombre de perles inestimables, le film de maison hantée.

 

 

Périne Quenesson : Shining

Couloirs interminables et labyrinthiques, moquettes kaléidoscopiques et déprimantes, fantômes qui trainent derrière les portes, torrent de sang qui s’échappe par l’ascenseur, phrase répétée à l’infini sur une machine à écrire fatiguée, mot-clé en lettres de sang sur une porte qui nous toise : Shining, ce sont des images qui hantent votre esprit. Long-métrage sur la folie d’un homme qui trouve dans une hache l’arme salvatrice, Shining est surtout un film sur les fantômes du passé, qu’ils nous appartiennent ou non.

 

 

Sandy Gillet : Les innocents

Film sur la personnification du Mal (la maison hantée et ses fantômes) et son interaction avec le monde de l’enfance, Les Innocents s’est très vite imposé comme un chef-d’œuvre qui avec le temps demeure un incontournable du genre avec La maison du diable de Robert Wise. Jack Clayton a su y insuffler une sorte de malaise constant que le N&B de la photo contribue à rendre oppressant mais aussi intemporel. Le film achève le spectateur par le travail psychologique de sa mise en scène qui ne montre quasiment rien ou si peu. Ou comment l’indicible finit par provoquer une peur viscérale !


 

 

 

Laurent Pécha : La Maison du diable 

 

La peur au cinéma commence et finit avec La Maison du diable de Robert Wise. On appelle ça la matrice de la terreur cinématographique. Cinéaste on ne peut plus éclectique et trop souvent sous-estimé, Robert Wise démontre ici l’étendu et l’impact de la toute puissance de la mise en scène. Ou comment avec un sens inouï des cadres, une utilisation inventive du son et des acteurs habités, on peut faire naître la peur en ne jouant que sur la suggestion.

 

 

 

Simon Riaux : Poltergeist

 

Si l'image de cette petite blonde fascinée par l'écran blafard d'une télévision a fait le tour du monde, c'est bien parceque Poltergeist a traumatisé toute une génération de cinéphiles, et regorge de séquences aussi marquantes qu'effrayantes. Des chaises se déplaçant avec malice, en passant par une poupée trop affectueuse, sans oublier une vision qui vous fera regarder les miroirs d'un autre oeil, tout concoure ici à créer un mélange de suspense et d'effroi qui étreint le spectateur, passant d'une peur viscérale à une terreur de grand huit, impressionnante et délectable. Les interrogations quant à la paternité du film, officiellement réalisé par Tobe Hooper malgré la présence encombrante de son producteur, Steven Spielberg (venu jouer les réalisateurs de seconde équipe une journée et ayant depuis lancé les plus folles rumeurs maintes  fois démenties par Hooper), ont relativement peu d'importance, tant l'ensemble est encore aujourd'hui un monument d'angoisse, emblématique de son époque. Dernière chose sinon, méfiez-vous des cimetières indiens.  

 

 

Louisa Amara : Les Autres

Qui ne s’est pas fait avoir par le retournement de situation final des Autres ? Shyamalan est loin d’être le seul à savoir créer une ambiance étrange, entre angoisse et mystère. Amenabar fait une relecture des films classiques de fantômes en jouant avec les clichés habituels : manoir, enfants bizarres, apparitions etc. Il prouve en apportant sa propre touche, qu’il faut peu de moyens pour vous faire sursauter. Nicole Kidman était alors au sommet de son art… avant que le botox ne vienne détruire toutes ses expressions.. A revoir pour trouver où l'on s’est fait piéger !

 

 

 

Tonton BDM : House

Sean S. Cunningham (prod) + Steve Miner (réal) + Fred Dekker et Ethan Wiley (scénar) + Mac Ahlberg (photo)... House est une équation réussie de la série B populaire des années 80. La bonne idée de ses auteurs est de mélanger un récit classique de maison hantée à une histoire de trauma post-Vietnam, en y ajoutant une sacrée dose de dérision. En résulte ici un film qui se suit comme une attraction de foire, un large sourire aux lèvres devant la gratuité de ses scènes d'horreur... Bref, une comédie horrifique comme on savait en faire dans les années 80, très recommandable, au même titre que sa suite réalisée par Ethan Wiley himself.

 

 

 

 

Patrick Antona : La Maison des damnés 

La Maison des Damnés (The Legend of Hell House en VO) fait partie de ces films dont
le souvenir de la trouille éprouvée à l’époque de la première vision reste bien prégnant, surtout lorsque l’on a dix ans et que les passages TV de ce genre d’œuvres étaien chose rare à l’époque. Avec le temps, le film, adapté d’un roman du maître Richard Matheson, a conservé tout son impact, huis-clos classique avec une équipe de scientifiques et médium venue enquêter sur des phénomènes dits paranormaux. Fortement inspiré de La Maison du
Diable
dans son approche, le métrage prend un virage plus série B avec une série de morts
violentes en cascade, le tout sous une tension qui devient de plus en plus palpable jusqu’à une conclusion surprise et qui demeure une des plus réussies dans le genre. Ajouter à ceci
une petite dose de sexe (avant L’Emprise), quelques ectoplasmes verdâtres (avant SOS Fantômes), des portes qui claquent avec force (avant Amityville), et un Roddy McDowall en roue libre qui fronce du sourcil, et vous aurez au final un film certes peu ambitieux dans sa forme, très marquée 70’s, mais dont la volonté première de susciter le frisson touche son but avec grande eficacité. Au point que même maintenant, je garde la lumière allumée quand je le revois …

 

 

 

Nicolas Thys : Inferno

Il y a deux Dario Argento, celui qui oeuvre dans un monde naturel et sordide et celui qui s'oriente vers le paranormal. Dans ce dernier, plusieurs pépites et deux maisons hantées, celles de Suspiria et d'Inferno, spéciales car elles ne regorgent pas de fantômes ou d'esprits mais une sorcière les possède. Pourquoi Inferno ? Parce que si Argento excelle dans un domaine c'est celui du maniérisme, du baroque et de la grandiloquence jusqu'à un grotesque terrifiant. Et rarement un film n'aura poussé aussi loin ce mélange. Plus sombre que Suspiria, il y abandonne toute symétrie pour devenir plus abstrait et s'amuser comme jamais avec les multiples formes de la maison, de l'horreur et de ces étonnants délires mystiques et colorés.

 

 

 

Aude Boutillon : Hausu

Une démonstration surréaliste de l'inépuisable imagination horrifique japonaise. Un délire pop quasiment exempt de temps morts, totalement dingue, fourmillant d'idées visuelles aussi ridicules qu'élégantes, tantôt kitsch à l'extrême, tantôt gothiques et dérangeantes. Un véritable trip hallucinogène d'une générosité peu commune.
 
 
 
 
 
 
 
 
Laure Beaudonnet : La maison de Nucingen

Maison hantée ne rime pas nécessairement avec horreur. La maison de Nucingen, de Raoul Ruiz en fait la démonstration. Pourquoi cet ovni cinématographique mérite-t-il notre attention ? Parce qu'il fait appel aux contes fantastiques et à une atmosphère envoûtante pour parler de l'ineffable. Loin des sursauts produits par Paranormal Activity, de Oren Peli, le film n'en demeure pas moins inquiétant et poétique. Il dessine une fable où le réel se frotte au surréalisme, où poétique rime avec fantôme et où l'étrangeté devient norme. La Maison de Nucingen impose une prise de décision de son spectateur : soit on se prend au jeu du récit soit on se lasse. Ceux qui iront jusqu'au bout de l'intrigue sans chercher à la rationnaliser embarqueront dans un voyage onirique surprenant.    
 
 
 
 
 
 
Stéphane Argentin : Beetlejuice
 
Un film de maison hantée doit-il obligatoirement foutre la trouille ? Non, pas forcément. Et Tim Burton de le prouver de la plus brillante des manières avec son Beetlejuice où, comme à son habitude, ce grand défenseur des marginaux démontre avec force panache, rires et émotions que les morts ont davantage envie de vivre que les vivants. Et lorsque les deux mondes se rencontrent pour la première fois et dansent sur le mythique Day-o de Harry Belafonte, on se lève et on applaudit des deux mains à la fin de la représentation.
 
 
 
 
 

 
Jonathan Deladerriere : L'Orphelinat

Esthétiquement inattaquable, le joyau de Juan Antonio Bayona alterne avec brio frissons d'effroi et réflexion poignante sur la maternité. Lorgnant du coté des peurs enfantines et de films comme L'Échine du Diable ou Les Autres (impossible ici de ne pas remarquer son origine ibérique); le film est parfois taxé d'assez peu original. On lui préférera les adjectifs de sobre, d'inspiré, ou de maitrisé. Sans stylisation excessive, le film vous laisse gorge nouée par tant de maestria narrative, le tout porté par une interprétation et une ambiance ultra-efficace. Un bel instant de cinéma.
 
 
 
 
 
 
Vincent Julé : Darkness
 
Avec Darkness, Jaume Balagueró continue son étude théorique et filmique du mal commencée avec La secte sans nom. Sauf que là, il décide de sonder les ténèbres elles-mêmes, et de rendre compte de cette peur du noir, à la fois enfantine, contemporaine et mythologique. Soit une idée simple mais un défi impossible. Ainsi, le film est souvent considéré comme le plus faible de son auteur. Mais en faisant de cette maison un terrain d’expérimentations et de fulgurances, le réalisateur saisit le spectateur à plusieurs reprises, d’effroi ou d’intelligence. Car cette obscurité, c’est aussi celle de la salle de cinéma.

 
 

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