Once Upon a Time... in Hollywood : pourquoi ça aurait été le parfait dernier film de Tarantino

Geoffrey Crété | 23 avril 2021 - MAJ : 23/04/2021 13:55
Geoffrey Crété | 23 avril 2021 - MAJ : 23/04/2021 13:55

Once Upon a Time... in Hollywood, ce soir à 21h05 sur Canal+.

Le neuvième film de Quentin Tarantino, avec Brad Pitt, Leonardo DiCaprio et Margot Robbie, avait tout d'une lettre d'adieu au cinéma.

Depuis des années, Quentin Tarantino le répète : il fera dix films, et s'en ira. Il continuera en écrivant des livres, des pièces de théâtre, des séries... mais le cinéma, ce sera fini.

Qu'il ait plaisanté sur l'idée d'arrêter en cas de triomphe de son neuvième film, Once Upon a Time... in Hollywood, n'est pas anodin. Si le cinéaste a depuis évoqué de nouveaux projets (un film Star Trek abandonné depuis, notamment), cette évocation du Hollywood des années 60, avec Leonardo DiCaprioBrad Pitt et Margot Robbie, avait tout d'une lettre d'adieu magnifique et puissante, au cinéma et à la magie de la narration.

Pourquoi ça aurait fait un parfait dernier film.

ATTENTION SPOILERS

 

photo, Margot RobbieJusqu'au bout de la nuit cinéphile

 

COUPLE DE STARS 

Réunir Brad Pitt et Leonardo DiCaprio, c'est comme réunir Brad Pitt et Tom Cruise dans Entretien avec un vampire, ou Al Pacino et Robert De Niro dans Heat de Michael Mann. C'est un fantasme qui dépasse l'histoire d'un film pour entrer dans celle des films, et touche directement à l'aura des hommes dans le vrai monde. D'ailleurs, Tarantino a failli caster Tom Cruise, et a casté Al Pacino dans un second rôle.

Le cinéaste voulait absolument créer un duo de stars, et DiCaprio + Pitt (avec qui il avait déjà travaillé, sur Django Unchained et Inglourious Basterds) était son choix absolu :

"En réalité, j’avais peut-être huit paires d’acteurs différentes qui pouvaient aller ensemble de manière réaliste dans ce genre de situation. Maintenant, le duo que j'ai obtenu était définitivement mon choix numéro 1, mais je ne pouvais jamais simplement être confiant à ce sujet, je devais avoir plusieurs remplaçants différents et quelques pistes d'exploration à étudier."

Il y avait donc la ferme intention de créer une affiche en or, comme un bouquet final pour célébrer son pouvoir, son univers, et son histoire. Caster deux acteurs surpuissants qui rayonnent d'une telle manière depuis quelques décennies, c'est créer un événement, une situation jusque là unique.

 

photo, Brad Pitt, Leonardo DiCaprioUn duo qui est une histoire en soi

 

LA CITÉ DES ANGES 

Hollywood et son fantasme infusent la filmographie de Tarantino, dans ses nombreux hommages à la magie du cinéma, ses effets, son histoire, ses genres et ses stars (déchues). Le sale gosse du vidéo club a pris un malin plaisir à digérer ses références, à remixer, remettre en scène, moderniser et aimer les clichés, pour les illuminer ou les rappeler à la conscience populaire.

Los Angeles était le décor de Reservoir DogsPulp Fiction, ou encore Jackie Brown, mais jamais le Hollywood du cinéma n'avait été là, étalé au regard des spectateurs. Ici, Tarantino n'avance plus masqué, et l'annonce dès le titre, Once Upon a Time... in Hollywood. Lui qui a toujours servi et soigné l'illusion, soigne désormais la révélation de l'illusion. Répétitions, cascadeurs, hypocrisie, mythes réels (Bruce Lee qui perd son duel ou Sharon Tate qui va se voir sur écran) ou factices (Rick Dalton) : le réalisateur déshabille ce septième art qu'il aime et qui l'anime, comme dans un dernier tour de manège. Comme s'il tendait un miroir au spectateur, pour un spectacle final où se télescope toute sa cinéphilie.

 

Photo Leonardo DiCaprio Une dernière danse pour la route

 

PLAISIR PERSO 

Tourner des scènes entières d'une série télévisée type western, insérer DiCaprio dans de vraies images de La Grande évasion à la place de Steve McQueen et dans une scène d'un épisode de The F.B.I. (une série des années 60) à la place de Burt Reynolds, s'amuser avec des hommages aux westerns de Duccio Tessari, utiliser des images de Cible mouvante (Death of the Run) de Sergio Corbucci, avoir Bruce Lee à côté d'un personnage de sa fiction tout en ayant Sharon Tate que Lee a entraîné pour Matt Helm règle son "Comte" : il y a quelque chose de l'ordre du fantasme, des jeux de pistes, des ultimes plaisirs calés parfois de force dans Once Upon a Time... in Hollywood.

Sachant que James Marsden (finalement coupé au montage) interprétait Burt Reynolds, qui lui-même devait apparaître dans le film avant de mourir, il y a un effet de vertige qui confirme les intentions de Tarantino dans ce miroir aux alouettes - celui de Hollywood, et de son film.

Damian Lewis en Steve McQueen, Rafał Zawierucha en Roman Polanski, Danny Strong en Dean Martin (coupé lui aussi), Luke Perry en Wayne Maunder : tout contribue à faire de ce projet un film-somme, qui balaye les passions.

 

photo, Leonardo DiCaprioDiCaprio dans l'intro d'un épisode de The F.B.I. que Tarantino aime beaucoup

 

LA PROFESSION DE FOI

Mais la vraie raison se cache à la fin. Que Tarantino et l'équipe aient répété pendant des mois que l'assassinat de Sharon Tate n'était pas le sujet du film est plus que logique : le cinéaste réécrit l'Histoire avec son histoire, et efface la folie et l'horreur. L'épouse de Roman Polanski n'est pas tuée par la Manson family, qui se trompe de maison et affronte le duo de héros. Cliff Booth est un cascadeur qui par nature représente la fiction et l'illusion, caché derrière la star, qui démontre alors ses capacités et réflexes avec une violence terrible. Rick Dalton, lui, crame une pauvre folle avec un lance-flamme récupéré sur un tournage, et utilisé pour brûler des méchants nazis de série B.

C'est littéralement la fiction qui tue la réalité, avec les héros inventés de Tarantino qui se posent en rempart pour sauver Sharon Tate malgré eux, en utilisant les attributs de l'illusion (les cascades, les accessoires, la ficelle de la mauvaise maison, eux-mêmes). Le démiurge-réalisateur ne contrôle plus seulement son monde, mais le monde.

 

photo, Margot Robbie Sharon Tate, la miraculée, par Tarantino

 

Les mots Once Upon a Time... in Hollywood apparaissent finalement à l'écran lorsque Rick rejoint Sharon pour boire un verre, par une nuit redevenue douce et paisible. Les cadavres sont là, mais de l'autre côté de la ligne. La caméra les laisse dans cette tendre fiction, décolle, et le spectateur se retrouve face au titre du film : celui d'un conte, d'une fable, et d'une profession de foi. Le cinéma est plus fort que la vie, et a le pouvoir de la réécrire pour éviter l'horreur. C'est ainsi que Tarantino a pu tuer Hitler dans Inglourious Basterds.

Ce dernier plan tendre abandonne la violence si centrale dans les films de Tarantino, et le spectacle et l'agitation si omniprésents dans ses histoires. Il n'y a alors plus que des personnages, qui quittent la fiction (la tentative de meurtre, le massacre) pour reprendre une vie normale sous le ciel étoilé de la Cité des anges. C'est aussi cette forme de paix qui donne des airs d'adieux - à Hollywood, au cinéma, aux mythes d'hier et de demain, ceux que Tarantino a tant admirés, et tant nourris.

Retrouvez notre critique du film par ici.

Tout savoir sur Once Upon a Time... in Hollywood

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commentaires
rientintinchti
23/04/2021 à 19:33

Encore une daube de Tarantino basée sur une coolitude artificielle et un fétichisme vintage- rétro-sex drug and rockn'roll . Quelques situations insolites, une recherche de la réplique que les zozios genre intellos branchés parisiens répéteront en boucle en mangeant du manchego et en sirotant un vin blanc pour se donner un air cool fashion dans la hype.
Film qui d'ailleurs présente Polanski favorablement si je me souviens bien.
Les films de Tarantino n'ont rien à raconter.
Foutez moi toutes ces impostures à la poubelle.

Birdy en vie
23/04/2021 à 16:09

J'ai beaucoup aimé ce film. J'avais envie de l'aimer, et il ne m'a pas déçu, j'ai été parfois en extase devant ces scènes jubilatoires de western, ou en apesanteur quand Margot Robbie irradie l'écran de sa candeur. Brad Pitt est le vrai cowboy du film, DiCaprio est touchant en hasbeen déconnecté.
Après, c'est un film qui se laisse porté étrangement par un sujet, et moins par une histoire. Donc on peut s'y ennuyer, ne pas accrocher, et trouver ça vain.
J'ai aussi trouvé la fin sublime, et autant le procédé de tuer Hitler m'avait sorti du film, autant là, j'ai adoré.

RobinDesBois
23/04/2021 à 14:53

Sur le papier ce film aurait pu être un chef d'oeuvre et le meilleur film de Tarantino. Sur pellicule c'est une catastrophe et la preuve que ce réalisateur n'a jamais eu et n'aura jamais rien à dire. C'est presque du génie de proposer un film aussi vide au regard de sa toile de fond. Votre article est excellent et bien meilleur que le film de Tarantino que vous vous fantasmez, vous inscrivez tout ce qu'il aurait pu ou du faire et qu'il n'a pas fait. Il est passé à côté de tout alors que c'était censé être son film le plus personnel.

PTA a fait infiniment mieux que lui avec Boogie Nights 20 ans plus tôt. D'après l'ex de PTA les deux réals aiment bien se montrer leurs films en sniffant de la coke, Tarantino aurait mieux fait de se contenter de mater les films de PTA.

Moody
21/08/2020 à 11:32

Superbe article. Je suis d’accord. Film culte qui aurait parfaitement conclu la filmographie de son auteur

Snowclem
18/08/2020 à 04:08

Un vrai bel article : de qualité, du rêve de la fiction à l'omirique réalité On sent l'amour du cinéma de Tarantino et c'est décrit avec de sincères et beaux mots !.bravo

Matrix R
16/08/2020 à 19:43

S'il faille faire un hommage à hollywoodiens, autant en faire un doc. Parce que là ce fut du Tarantino minimaliste dans ce film. La trame est ambiguë, margot robbie a plus le rôle d'une figurante qu'à autre chose.
Tarantino nous a vendu l'assassinat de Sharon tate, puis ce fuis quoi un climax de 2 secondes indigestes. C'est le pire film du mec, loin derrière ces 8 premiers

Dicaprio fait du leo, Pitt joue les mannequins quinquagénaire botteur de q. Putain, <<on ne pleure pas devant les mexicains,>> Réplique marquante du film, et la conversation d'Al Pacino avec Leo, ou le faussement désormais célèbre duel entre Pitt et Bruce. C'est tout, le reste est à oublier.

captp
16/08/2020 à 19:25

D'accord avec vous geoffrey, ce film aurait été parfait comme point final à sa carrière au cinéma.
Après en partant du principe qu'il se tienne à sa décision de ne pas faire plus de 10 films (j'en doute quand même un peu), conscient de l'enjeu il risque de le peaufiner comme aucun avant. De mémoire j'ai pas souvenir de pause dans sa carrière mais plutôt des sorties régulières tout les 2/3 ans(mis à part la transition difficile après Jacky brown ).
Je trouve ça va être intéressant car megalo comme il est il va vouloir rendre une copie parfaite et c'est une bonne nouvelle pour nous spectateurs :)

peine et trassion
16/08/2020 à 19:00

mouais mouais mouais.... film surcoté et globalement emmerdifiant...
on s'y fait iech d'une force...
a part le dicaprio, magistral dans une scene "western" (perso j'ai halluciné tellement il est bon), l.
le film est joli... toussa toussa... mais ça ne suffit pas a le rendre inoubliable.
brad pitt semble avoir definitivement perdu son mojo...sans doute essoré, machouillé et recraché par la trés glaciale et carnassiere angelina jolie.... il n'est plus que l'ombre de lui meme.

Dirty Harry
16/08/2020 à 16:56

Merci pour cette analyse qui soulève beaucoup de points qui font que ce film attachant en fait un méta conte plutôt original. Pour ma part c'est un bel hommage au cinéma et ce qui a nourri Tarantino (les séries B, les westerns, les mythologies populaires...) mais je prie pour que le film suivant soit encore mieux (voire que Tarantino ait encore de l'inspiration au delà de 10 films) !

Kyle Reese
16/08/2020 à 16:19

J'ai bcq aimé ce film, ça m'a fait aussi plaisir de retrouver un quartier que j'ai visité il y a bien longtemps, Westwood. Je me suis même assis dans le cinéma ou Margot va regarder son film. (je crois que j'ai du faire toutes les salles du quartier)
En fait ce film parle surement beaucoup plus aux cinéphiles qui ont découvert dans leur jeunesse le cinéma US dans les années 70-80. Il est comme une sorte de lettre d'amour pour cette époque à la croisé de l'ancien et du nouvel Hollywood.

Plusieurs personnes que je connais, de mon age, ne s'intéressant pas à l'histoire du cinéma n'ont pas aimé ce film, qui peut être considéré aussi comme une sorte de visite virtuelle live fantasmé de cette époque. Et je peux comprendre ça.

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