mortelle destinée
C’est rare qu’un cinéaste opère d’aussi grands écarts entre deux films. Le jeu de la reine était un film d’époque au cœur de la royauté britannique, serpentant dans les couloirs dorés d’un luxueux château, accumulant les costumes imposants de la cour, le tout au sein d’une forêt humide et dans une ambiance très froide. Motel Destino se place dans un contexte on ne peut plus opposer : Brésil moderne, motel crado, petite tenue estivale voire corps complètement dénudés, le tout dans un paysage quasi-désert sous une chaleur harassante et dans une ambiance électrique.
Pourtant, Le Jeu de la reine et Motel Destino compte en vérité un point commun majeur : l’histoire d’une femme retenue contre son gré par son ogre de mari. Jusqu’au jour où un jeune homme vient troubler les règles du motel dans un dangereux jeu de désir, de pouvoir et de violence.

Karim Aïnouz s’amuse donc, d’une certaine manière, à transplanter ce récit de libération à travers le temps et l’espace, dans une œuvre bien moins bavarde et beaucoup plus atmosphérique. Avant tout, Motel Destino est en effet un film d’ambiance entre ses couleurs saturées (dont un rouge sang et un bleu électrique fort à propos), ses élans psychédéliques (épileptique s’abstenir), son odeur de sexe permanente (du cul partout) ou ses chambres poisseuses.
Le réalisateur brésilien nous fait ressentir la moindre parcelle de ce motel dégueulasse, où les baises s’enchaînent encore plus vite que les films à Cannes (c’est dire). Et indiscutablement, il y a quelque chose d’hypnotisant à regarder les corps suer, entendre ces gémissements incessants ou éprouver cette canicule étouffante aux côtés des personnages.

slip, sexe and sun
Avec la mise en scène d’une folle liberté de Karim Aïnouz, Motel Destino se vit donc surtout comme une expérience du désir, de la passion, de la tentation… enivrée par la bande-originale surexcitée d’Amine Bouhafa et la photo planante de la Française Hélène Louvart.
Le Brésilien y ajoute cela dit une tension crescendo venant peu à peu déplacer son pastiche de la pornochanchada – soit la comédie porno, tradition du cinéma brésilien – où l’on rit beaucoup (des allusions au sexe bien franchouillardes, dont un sublime « il y a aura de la saucisse après » lors d’un barbecue) vers un néo-noir plus ténébreux.

Peu à peu, les personnages ne peuvent plus cacher leur attirance, les corps se touchent puis se percutent pour mieux se repousser dans un troisième acte où leur violence sous-jacente explose enfin dans un sordide cauchemar. Les pulsions sont aussi sexuelles que meurtrières dans Motel Destino, et difficile pour les personnages d’échapper à une brutalité animée à la fois par leur besoin de domination ou leur désir inassouvi de liberté. On peut toutefois regretter que Karim Aïnouz n’embrasse pas assez ce potentiel vénéneux avec son triangle amoureux.
Car lorsqu’il plonge dans le thriller criminel, tout va presque trop vite et l’ensemble est légèrement bâclé par un final à coups de dialogues explicatifs un peu trop basiques. Dommage.
