Match Retour : Critique

Simon Riaux | 21 janvier 2014
Simon Riaux | 21 janvier 2014

On n'attendait rien de Match Retour, comédie nostalgique réunissant Sylvester Stallone et Robert De Niro, montrée à la presse quelques heures à peine avant sa sortie. L'improbable réunion des interprètes de Rocky et Raging Bull s'annonçait comme une énième pantalonnade régressive, calibrée pour capitaliser sur le come-back en demi-teinte des anciens rois d'Hollywood. Pourtant et en dépit d'importantes scories le film s'avère une très sympathique surprise dont le charme opère grâce à deux comédiens à l'étonnante alchimie.

Si le miracle se produit, ce n'est pas grâce au réalisateur Peter Segal, qui fait preuve ici d'une indigence spectaculaire. Sautes d'axe, plans décadrés n'importe comment, mise au point aléatoire... le film est un florilège d'erreurs techniques indignes de tout technicien qui se respecte, que ne parvient pas à masquer une photographie joliment âpre. Au moins le metteur en scène peut-il bénir l'abattage de Kevin Hart, insupportable acouphène humain dont l'irritante composition de proto-Eddy Murphy sous kétamine distrait souvent le spectateur des aberrations visuelles de Match Retour.

 

 

 

Malgré ces deux tares conséquentes, le métrage demeure singulièrement plaisant. On ne sera pas étonné par la composition ouvrière de Stallone, toujours aussi crédible en gueule cassée de la working class, dont la silhouette se découpant en contre-jour dans une aciérie suffit à nous tirer une larme. La véritable surprise est ici Robert De Niro, dont nous critiquions durement la récente déchéance et qui fait preuve d'un engagement remarquable. Si son implication physique demeure moindre que celle de son partenaire, qu'il ne s'aventure que très prudemment hors du terrain comique, nous retrouvons pour la première fois depuis longtemps chez le comédien une envie véritable. Comme dynamisé par l'envie de tenir tête à Sylvester Stallone, De Niro déploie une nouvelle fois le charisme prédateur qui fit sa marque et parvient lors d'un gros plan mémorable à insuffler au métrage une énergie dramatique véritable.

 

 

La légende n'est donc pas morte et s'avère encore capable de monter sur le ring. On n'y croyait plus et on est sacrément ravis d'avoir tort. Avouons que De Niro et Sly doivent beaucoup à un script qui plutôt que de rire de ses personnages, décide de rire avec eux. Car l'humour déployé n'est pas tant celui d'une génération cynique venue observer deux vieilles badernes sur le retour que celui des dinosaures en question, ravi de se brocarder, de jouer de leur statut d'ex-alpha-mâles, de mettre en scène leurs frustrations et de moquer leur propre appât du gain. Plutôt que de rejoindre les rangs des productions opportunistes à base d'ex-gloires décaties (qui a dit Schwarzenegger ?!), le film tourne en dérision leurs motivations et l'implications de leurs acteurs, grâce à une batterie de gags doux-amers bienvenus.

 

 

 

Résumé

Il s'en faut finalement de peu pour que Match Retour séduise plutôt qu'il ne repousse et cette infime différence tient au charme qui se dégage de l'ensemble. Comme toute alchimie, son équilibre demeure mystérieux et l'on en mesure plus aisément la réussite que la composition. Un constat certes bancal, mais qui pèse bien peu de chose devant le plaisir ressenti face à l'investissement d'un monstre qu'on ne croyait plus si sacré ou à l'émotion générée par le regard embué d'un Sylvester Stallone posant les yeux sur Kim Basinger.

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