Critique : Jane Eyre

Laure Beaudonnet | 23 juillet 2012
Laure Beaudonnet | 23 juillet 2012

Après Sin Nombre sur la Mara dans le Honduras, il était difficile d'envisager Cary Fukunaga adapter l'une des romances les plus édifiantes de la littérature britannique. Et pourtant. Jane Eyre, écrit par Charlotte Brontë, d'une lignée de sœurs connues pour leurs œuvres dramatiques, raconte l'histoire d'une orpheline issue d'une famille opulente. Détestée par sa tante, elle est jetée dans un établissement religieux très strict où elle supporte toutes sortes de sévices. A peine sortie de l'institution, Jane Eyre devient la tutrice de la jeune Adèle et fait la rencontre d'Edward Rochester, un homme mûr incarné par Michael Fassbender. Chez les Brontë, le problème de la classe sociale est un leitmotiv. Une sorte de signature autobiographique. Et cette oeuvre ne fait pas exception. La jeune femme, incarnée par Mia Wasikowska, tombe désespérément amoureuse de cet homme d'un autre rang. Une histoire tuée dans l'oeuf en raison des conventions.

Avec Cary Fukunaga aux commandes de ce drame romantique, on pouvait attendre des prises de risque et - peut-être ? - certaines libertés dans l'adaptation. Au contraire, le cinéaste semble intimidé par l'œuvre d'origine. Il ne sort jamais de son petit confort. Mais, malgré le classicisme formel un peu décevant, l'opus tire avantage de sa photographie somptueuse. Les paysages de la campagne anglaise confèrent au sublime. De même, le travail du son est la vraie force de la mise en scène. Une ambiance anxiogène se dégage de la maison presque hantée. Le film joue de l'inquiétude de son public et le laisse imaginer le pire du hors-champ. A se demander si le réalisateur ne s'éclate pas plus dans l'univers de l'horreur que dans celui de l'amour. Car s'agissant de l'aspect romantique - le cœur du sujet - c'est l'encéphalogramme plat.

Les scènes d'étreinte laissent le public glacial. Mia Wasikowska, pourtant douée pour transmettre des émotions brutes, semble dégoûtée par son partenaire à l'écran. Problématique pour un film qui traite de la passion. La comédienne a beau être fidèle au personnage de Jane Eyre : pudique, blessée et éperdument amoureuse. Pas une goutte d'alchimie ne ne se dégage du tandem. Pire, on est désolé pour le sublimissime héros de Shame de devoir supporter le mouvement de recul de sa partenaire à chaque baiser. Loin d'être navrante, l'adaptation de Fukunaga n'apporte pas de véritable point de vue. La version papier reste encore le meilleur moyen de retrouver une once de fougue entre ces deux êtres.

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