Critique : Everyone else

Par Fabien Hagege
28 novembre 2010
MAJ : 24 octobre 2018
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Everyone else. Tous les autres. Un couple ne peut évidemment pas vivre en autarcie. La présence des autres change le comportement intime que deux personnes ont réussi à créer. De cette constatation de base, Maren Ade nous décrit la désintégration d'un couple en vacances en Sardaigne. Avec une grande finesse, le film démarre en nous présentant de manière naturaliste la consolidation de l'amour entre Gitti et Chris. Cela aurait pu être prétexte à une comédie romantique, la personnalité expansive et excessive de Gitty n'allant pas à l'encontre de cette idée. Sauf que Chris est plus introvertie. Son manque de confiance en lui le rend timide et indécis. La rencontre du couple Hans/Sana va tout bousculer…

A travers un joli film qui joue la carte du miroir (deux femmes opposées, deux scènes de repas, deux accidents, deux scènes d'amour,…), la jeune réalisatrice Maren Ade met en place un drame contemporain qui va crescendo. Semble t'il en rébellion, le film n'a pas un propos à proprement parlé féministe. Ce que dénonce Ade c'est le conformisme de nos société jusqu'à intégrer la vie de couple. Lorsque le personnage de Gitty réalise qu'être une femme moderne, c'est toujours  faire à manger et rire aux blagues de son mari, elle déchante.  Everyone else prend ainsi véritablement aux tripes. Bien écrit et formidablement bien joué, il est une radioscopie parfaite d'un sentiment indéterminable. Celui de la désillusion.

Plus encore que l'intellect, c'est le cœur que touche ce film, en montrant les ravages du mépris et de la bêtise tolérée. On pense à Antonioni et à sa Notte ou à Rossellini et au Voyage en Italie. Maren Ade dont la maîtrise ne peut que laisser pantois et dont Everyone else est seulement le second film, a, de plus, l'intelligence de ne pas conclure son film dans le glauque facile. Nouvelle pierre à l'édifice de la « nouvelle nouvelle vague allemande » mise en place par les élèves de l'école de Berlin, Everyone Else connaît enfin une date de sortie française tardive malgré deux prix à la 59ème Berlinale (Grand Prix du Jury et meilleure actrice). Une véritable révélation en somme qui contient son lot de scènes inoubliables. A l'image d'une où la musique remplace les mots, apaise un instant afin que l'amour et la répulsion touchent un point d'indicible culminant.

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