Critique : World’s greatest dad

Par La Rédaction
14 septembre 2009
MAJ : 20 octobre 2018
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A quel acteur penseriez-vous pour incarner le meilleur papa du monde ? Remémorez-vous la fibre paternelle dans Mrs Doubtfire, Good Will Hunting, Le Cercle des poètes disparus, Hook, Birdcage, etc… 

Lance Clayton, le super papa joué par Robin Williams a toujours rêvé d'être un auteur reconnu avec en options, femmes en bikini et gros chèques. Son rêve de célébrité a en effet peu à voir avec le métier d'écrivain à moins de penser à certaines figures emblématiques, des hommes respectés de leur temps, 50 cent and co. Bref, le rêve tourne court puisque Clayton conserve ses manuscrits jamais édités que seule la voisine recluse a pu lire grâce aux copies abandonnées aux ordures. Les préoccupations de l'auteur raté se sont donc déplacées, lui importent désormais l'éducation de son fils et sa liaison avec la belle Claire, collègue en vue dans la salle des profs. Lance est en effet devenu, en-deçà de ses rêves, un professeur de poésie dont la classe est loin du cercle des poètes disparus. World's Greatest Dad, comme la plupart des films diffusés à Deauville, Youth in Revolt, Precious, Shrink, etc… n'expose pas une jeunesse américaine flamboyante mais renfermée, asociale, peu commode et dénuée de désir si ce n'est une sexualité plutôt solitaire.  Dans tous ces films, l'enjeu est de trouver ce qui peut justement les sociabiliser par un désir qui s'ouvre sur le monde et les autres, le cinéma pour la jeune Jemma de Shrink, l'amour pour le double Nick joué par Michael Cera dans Youth in Revolt etc… La particularité de World's Greatest Dad (Shrink et The Messenger pour d'autres raisons, plus concrètes, mort, guerre, adultère, etc…) est que ce malaise ne s'arrête pas après la poussée d'acné, tous les personnages se sentent seuls, l'unique différence est que les adultes cherchent à ne plus l'être. L'intérêt du scénario entre alors en jeu autant que le choix de Williams, entre son humble dévouement et l'indifférence d'un fils dont l'attitude et les dialogues accaparent même la drôlerie de la première partie du film. Que faire du fils ingrat ? Rien ne semble contenter son existence si ce n'est laisser place à ses désirs soudains et caprices, sexualité inquiétante et ordinateur dernier cri. Comment rendre hommage à une telle indifférence ? Doit-il servir d'exemple ? Que peut faire un père d'une si faible réceptivité ? Allitération d'un rapport auquel il est déjà confronté quotidiennement en tant que prof. 

Robin Williams est-il donc le meilleur papa du monde, prêt à laisser sa place de protagoniste à ceux qu'il aime ? Il semble au moins parfait pour un tel rôle, on le sait une fois de plus, cette fois-ci grâce à son ami et réalisateur du film, Bobcat Goldthwait, également comique et showman. La proximité des personnages -Williams, Bobcat et Lance Clayton- n'y est forcément pas anodine, le réalisateur qui disait ne pas avoir écrit le rôle pour son ami lui admettait qu'il était autobiographique de moitié. Les liens entre un comique et l'enfance, à travers le jeu, le désir d'être aimé et d'amuser sont en effet un problème de plus pour tout père dont le désir demeure celui d'être en vue, il permet ainsi de le traiter encore mieux à travers l'utilisation astucieuse des traits inhérents à la persona (filmographie, jeu d'acteur, réputation -etc…- combinés) de Williams.  Comme un bon père à la Clayton, un comique ne doit-il pas savoir se mettre en avant avec assez de tact pour nouer un dialogue avec son audience : public ou fils ? Bobcat sur la scène du CID de Deauville, dès la présentation, semblait avoir ce même sens comique qui allait donner aux images une légèreté intéressante pour tenir un ton tragi-comique à la fois nécessaire à l'évolution du personnage de Williams mais trop conciliant pour le cynisme du propos, le mal être de deux générations, l'un parce qu'il aurait échoué (le père), l'autre par désintérêt d'une quelconque réussite (le fils).

 

A quel acteur penseriez-vous pour incarner le meilleur papa du monde donc ? Vous êtes-vous bien remémoré Mrs Doubtfire, Good Will Hunting, Le Cercle des poètes disparus, Hook, Birdcage, etc…  Bon si l'enthousiasme entraînant du prof de philo, le discernement du psy ou le courage paternel de la nounou ne vous convainquent pas puisque vous avez désormais en tête Photo Obsession ou Insomnia, il vous reste donc à voir World's Greatest Dad ou revoir les précédents films. Questionnez l'intérêt des psychopathes incarnés par Williams, l'adorable comique : ont-ils à voir justement avec ce sentiment d'abnégation forcément lié au devoir parental et dont l'humilité dégagée par la star peut développer avec aisance ? Bobcat Goldthwait utilise et développe ce rapport avec World's Greatest Dad.

Quelle aliénation exprime donc le sociopathe de Photo obsession ? Le souhait d'exister par la paternité justement, par l'obtention d'une famille à aimer. Autrement dit, poussé à l'extrême, voilà ce qui arrive lorsque le désir d'être père est celui d'un caractère possessif, il est immature, enfantin. Comprenons ici qu'avec Williams s'opère une humilité paradoxale, comme si l'intégrité de ses personnages l'obligeait à ne pas mettre trop en avant les talents comiques que l'on sait de lui, d'où un air souvent crispé avec les yeux plissés et le corps recroquevillé. Cette contention du comique est pourtant placée au premier plan, que faire alors du fils qu'on lui donne ? C'est tout le problème de World's Greatest Dad et qui révèle toute la crédibilité et l'intérêt de ses rôles paternalistes autant que l'aliénation de ses personnages esseulés. Personne pour l'aimer, il devient fou, quelqu'un à qui il doit laisser une place, il s'efface et n'existe plus, abandon des rêves, résignation au quotidien. C'est en cela que le comique dégage un véritable paradoxe de la paternité, puisqu'il ne perd jamais ce rapport à l'enfance où le désir est avant tout d'exister pour soi plutôt que pour un autre, progénitures, élèves, patients, etc… Et cela, le cinéma y prend totalement part dès que la figure paternelle  dans un film conserve de bout en bout la place prépondérante d'un acteur majeur sur qui l'attention se porte avant tout, l'abnégation se caractérise alors difficilement. Dans Jack, Hook ou Toys par exemple, l'ambivalence de l'adulte enfantin est évidente, dans Birdcage la nécessité d'un comportement différent pour le père homosexuel le renvoie forcément à cette concession d'existence. Ce n'est que dans certains films où sa générosité et/ou son comique s'expriment en second plan qu'une figure paternelle plus mûre prend place, le psychologue de Will Hunting par exemple.

 

Thierry Sergeant

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