Critique : Bataille à Seattle

Vincent Julé | 6 mai 2008
Vincent Julé | 6 mai 2008

Qu'est-ce qu'un film militant ? Grosso modo, il en existe deux catégories, avec d'un côté les documentaires de Michael Moore (Bowling for Columbine, Fahrenheit 9/11, Sicko), Al Gore (Une vérité qui dérange) ou Morgan Spurlock (Super Size Me, Oussama où es-tu ?), et de l'autre les docu-fictions d'un Paul Greengrass (Bloody Sunday, Omagh, Vol 93) par exemple. Bataille à Seattle de l'acteur devenu réalisateur Stuart Townsend entre a priori dans la seconde, mais son dispositif - faits réels, personnages fictifs - repose la question, la remet en perspective. Ainsi, le film reconstitue, fait revivre le sommet de l'Organisation Mondiale du Commerce en 1999 à Seattle à travers les différents points de vue des manifestants, des policiers, des médecins, des délégués, du maire...

Ils ont les visages de Michelle Rodriguez, André Benjamin, Charlize Theron, Woody Harrelson, Isaach de Bankolé, Ray Liotta, et donc une distanciation naturelle se crée. C'est par la mise en scène que l'immersion se fera. L'urgence guette chaque plan, qu'il s'agisse d'une réunion dans un grand hôtel ou une scène de liesse dans la rue. L'un dans l'autre, le film met en condition pour poser les bonnes questions. Celles de l'engagement, de la libéralisation, de la liberté et surtout de l'échec. En effet, pendant une bonne partie du métrage, il n'est question que de ça. Le mot n'est jamais lâché, les différents camps et individus en jeu semblent aveugles, mais le spectateur le voit, le ressent. Bataille à Seattle aurait pu être le premier film militant à parler des choses qui fâchent vraiment, de ce constat d'échec terrible.... terriblement humain

Mais bien sûr, et presque malheureusement, Stuart Townsend veut voir plus loin, veut continuer le combat et les personnages se tombent alors les uns après les autres dans les bras. Pourtant, au détour d'une scène finale et symbolique, le défenseur des tortues André Benjamin demande : « Qui savait avant ce qu'était l'OMC ? ». « Bon, ok, maintenant, ils ne savent toujours pas ce que c'est », éclate-t-il de rire.

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