Critique : Missouri breaks

Eric Dumas | 31 août 2004
Eric Dumas | 31 août 2004

Cinéaste reconnu des années soixante-dix et quatre-vingt (Little Big Man, Bonnie and Clyde…), Arthur Penn concrétise avec The Missouri Breaks une œuvre à la dérision et à l'ironie étonnante. Curieusement boudé par la critique et les spectateurs à sa sortie, le film semble être réévalué avec le temps. S'il n'atteint pas les autres pièces de sa filmographie, il n'en reste pas moins une œuvre pertinente qui interpelle par son « étrange » construction.

Sur un scénario de Thomas McGuane, le réalisateur aborde, non sans humour, le genre même du western, et fait entrer son film de plein pied dans l'esprit des années soixante-dix. En traitant certaines séquences d'actions par la maladresse et l'inattention (l'attaque d'un train, la traversée d'un fleuve avec du bétail…), il donne un ton comique voire burlesque à son film, que soutient à merveille la partition de John Williams. Par son écriture emportée et enjouée, la musique accentue les « ratages » de la troupe. En désacralisant ainsi le genre et la figure du cow-boy à travers les portraits du clan dirigé par Tom Logan (Jack Nicholson), mais aussi et surtout en faisant de Lee Clayton (Marlon Brando) un personnage excentrique et décomplexé, Arthur Penn modifie les perspectives de son histoire.

En apportant par intermittence un contrepoint à ce traitement clownesque des protagonistes (avec des séquences plus sérieuses, psychologiques et sentimentales), le réalisateur signe une œuvre bicéphale qui met en lumière les relations perverses des personnages, mais aussi leurs ambiguïtés intrinsèques. À l'humour et à la malice de Tom Logan correspondent une loyauté envers ses amis et son amour pour Jane Braxton (Kathleen Lloyd) ; à l'extravagance décuplée de Lee Clayton est associée une folie, une dangerosité meurtrière ; à l'intelligence évidente mais prétentieuse de David Braxton (John McLiam) s'adjoint un entêtement et une haine illimitée et absolue… Ainsi, lors des dernières séquences, les fusillades et les meurtres se formulent comme l'opposition puissante et « choquante » de l'ironie générale du film. Elles ne sont pas d'une violence physique insoutenable, mais leur irruption et leur relative crédibilité permettent au film de trouver sa force et son intérêt. Ainsi, le réalisateur alterne les vues subjectives, tantôt à la place de la proie, tantôt à la place du chasseur, afin de mieux rendre compte de ces ambivalences.

Arthur Penn fait de son film un face-à-face où la patience et l'attention sont de rigueur. Il donne à ses plans le temps de respirer, et à ses comédiens l'opportunité de développer leur talent. Avec la chance de jouer des personnages aux sentiments et comportements multiples (amoureux, comique, dangereux, maladroit, manipulateur, sournois…), le cinéaste accorde à ses interprètes une certaine ampleur. Mais peut-être est-ce là la marge un peu délicate de l'oeuvre. Certaines séquences sont peut-être trop poussées ou trop relâchées, au choix, dans la direction d'acteur. Qu'à cela ne tienne, Missouri Breaks mérite d'être vu ou revu pour ses nombreuses qualités, dont sa solide mise en scène, fondée sur les dualités.

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